S2 – épisode 4

Inception

Ce que Julia aimait par dessus tout quand elle prenait l’avion, c’était la sensation étrange et les rêves bizarres que lui procurait la prise de somnifère mêlée au champagne, au vin rouge et à la gnôle à volonté fournie par Air France.
Le petit rituel expiatoire magique pour éviter un crash intempestif en milieu de vol : casque sur les oreilles, réglage de l’écran sur « votre vol », avalage d’une pilule blanche, comptage des stewards hétérosexuels. Pas des masses sur ce vol… Sans doute plus chez les hôtesses, mais sont gaydar était moins performant avec le sexe féminin.

Elle était d’habitude nerveuse en avion, mais elle avait un bon feeling pour ce départ. Après les merdes en série qui lui étaient tombées sur le coin de la gueule ces derniers mois à Lyon, la perspective de quelque chose de neuf à New York ne pouvait que signifier une embellie. Voire un nouveau départ.
Ses pensées au moment des démonstrations de sécurité allaient à Tony. Son plus fidèle ami. En galère avec un mec aussi canon que volage : Vincent. Elle n’avait jamais été très rassurée de le voir avec Tony. « Il me paraît franc comme un âne qui recule », avait-elle confié à Tilly. Celle-ci lui avait répondu qu’elle pensait cela parce qu’en bonne fille à pédé, elle devait être très légèrement amoureuse de son meilleur ami, et que l’idée de le voir avec un autre mec pour de bon lui posait problème. Sentant là que Tilly n’était pour une fois pas si loin de la vérité, elle avait redoublé d’enthousiasme apparent auprès de Tony. Elle avait tout fait pour le rassurer avant de partir, lui assurant que Vincent allait de toute façon revenir. Le côté « Plus Belle la Vie » de ses arguments lui paraissait maintenant plus net (et moins réalistes), alors que l’avion s’apprêtait à quitter le sol.

Le somnifère commençait à faire effet. Les limbes n’étaient pas loin. Juste avant de s’endormir, elle remarqua à quel point le mec assis à côté d’elle était canon. Une vraie bombasse. De grands yeux bruns, cheveux bouclés plus courts que mi-longs, rabattus derrières les oreilles, une petite moustache très fine, une dentition parfaite et blanche d’américain. Un sosie d’Eric Balfour. « Wow, si jamais je rêve, pensa-t-elle, je veux rêver pendant les huit heures. Putain, j’ai rarement vu un mec qui me… ».
Elle se réveilla 3 heures plus tard, quand une hôtesse très pro lui offrit un verre d’eau. Le siège à côté d’elle était vide.
Merde ! J’ai encore rêvé comme une connasse
Son écran lui indiquait que l’avion s’approchait de l’Islande. Dans ses plans sur la comète, elle s’y installerait un jour. Si seulement elle avait un peu plus de thunes… Ses pensées sombrèrent à nouveaux. Lorsqu’elle revint à elle, un calme absolu régnait dans l’avion. Les petits caches des hublots étaient baissés, tout le monde avait l’air de dormir devant Avatar ou devant des vieux épisodes de Friends ou des Simpsons, hôtesses et stewarts se reposaient. Elle adorait les vols de nuit.
Et elle aima encore plus son somnifère lorsque l’étalon du décollage la rejoignit dans sa torpeur. Elle adorait aussi quand elle pouvait reprendre un rêve entamé quelques heures plus tôt, surtout quand il était aussi agréable que celui-ci.
Elle avait toujours son casque sur les oreilles. Elle choisit Vespertine, de Björk, pour se languir en douceur dans ce songe béni.
Elle devait tout de même vérifier qu’elle rêvait bien, et cela sans gâcher le rêve. Elle entreprit pour cela de toucher très légèrement le bras du mec avec le sien. Quand sa main effleura sa manche, le mec leva les yeux de son livre et l’observa. Un regard bienveillant, intrigué, amusé.
–    Sorry Sir, I was just checking this was a dream.
–    Hey Miss. Yeah, for sure, it’s a dream
Elle n’en revenait pas. C’était la première fois qu’elle arrivait à contrôler un rêve aussi bien. Elle embrasserait sa pharmacienne à son retour pour lui avoir conseillé LA meilleure pilule.
Elle n’allait pas s’arrêter en si bon chemin.
Elle remonta lentement sa couverture sur elle. Il fit de même, sans la quitter des yeux. Son cœur battait plus vite (quelques turbulences devaient accélérer ses activités cardiaques pendant son sommeil).
Elle remonta l’accoudoir pour qu’il ne les sépare plus. Leurs couvertures ne faisaient plus qu’une.
–    Then Sir, if it’s a dream, I bet I can do that.
Elle posa sa main sur le torse du mec, sous la couverture. Il répondit en faisant glisser sa main sur sa cuisse. Ils sourirent. Regardèrent autour d’eux. Perfection du calme. Joie. Excitation.
Elle fit glisser sa main le long du torse, vers le bas. Elle toucha son ceinturon pendant quelques secondes. Se passant la langue sur les lèvres. Il aventura sa main plus haut sur sa cuisse. Jusqu’à la taille. L’un de ses doigts joua avec le premier bouton de son jean.
Elle soupira, et détacha sa ceinture, pour être plus à l’aise sous la couverture. Un clic lui signifia qu’il avait fait de même.
Ils étaient visiblement sur la même longueur d’ondes.
Elle descendit sa main plus bas, entre ses cuisses. Elle lui tenait maintenant fermement le paquet. Il soupira d’aise. Il fit glisser un doigt entre les boutons de son pantalon à elle.
– Je rêve ça pour de vrai ? C’est le meilleur rêve érotique de toute ma vie, et je le contrôle ! se dit-elle. J’adore !
Elle descendit la braguette de son pantalon, défit le bouton de son jean, et remis sa main là où elle était précédemment. Seul restait le tissu de son caleçon entre elle et lui. Elle commença des mouvements de va et vient, sentant la queue du mec durcir sous ses doigts. Des mouvements discrets pour qu’on ne distingue pas ce qui se passait sous la couverture.
Avec la même douceur, il enfonça la main dans sa culotte. Puis un doigt dans son sexe. Puis un second. Juste là où il fallait.
Ils ne se quittèrent pas des yeux, souriant, pendants les longues minutes où le tissu laissait deviner des mouvements de plus en plus rapides.
Ils vérifièrent une dernière fois que tout le monde dormait bien autour d’eux avant de s’autoriser à jouir. Ils le firent de concert, intensément. Joyeux de l’ivresse d’avoir bravé un interdit onirique. Libres d’avoir joui dans un rêve. Ils échangèrent un « thank you » poli.
Julia décida de se rendormir dans son rêve. Apaisée. Satisfaite.

Lorsqu’elle se réveilla, un filet de bave lui coulait sur l’épaule droite. L’avion commençait sa descente, l’hôtesse lui demandait de bien vouloir attacher sa ceinture.
Elle ne se souvenait pas avoir détaché sa ceinture. Sauf bien sûr dans son rêve.
Petit moment de panique. A ses côtés, le sosie d’Eric Balfour remontait discrètement sa braguette, sous sa couverture Air France.
Il arracha une page de son livre et sortit un stylo de sa veste. Il tendit le papier à Julia avec un clin d’œil.
That was amazing. Let’s do it again some time. J’aimerais beaucoup te revoir. By the way, I’m Eric.
C’est avec de grands yeux de merlan frit qu’elle accepta le pli et le glissa dans sa poche de jean. Elle se pinça si fort qu’elle se laissa une petite marque sur le bras. Elle l’avait toujours lorsqu’elle arriva dans sa chambre d’hôtel pourave à Brooklyn.
–    Et merde.

Lorsque Julia s’endormit dans son hôtel sur Degraw et 4e,  Tilly se préparait un café dans son appartement de la Guillotière. Ses yeux faisaient des allers-et-venues rapides dans la cuisine, traquant nerveusement les blattes. Ces connasses s’étaient invitées dans sa colocation sans permission.
Un peu comme Tony, pensa-elle. Elle avait toujours un peu de mal à croire ses explications quand à la présence d’un mec à poil, attaché par des cordes et que tout le monde a cru mort dans son propre appartement, accompagné d’un mec tatoué jusqu’à l’os, et d’une poupée flippante grandeur nature. Elle n’avait jamais entendu parlé de Gisèle Vienne, et ne voyait vraiment pas du tout le rapport avec le DV1.
Elle sucrait son café quand le tatoué fit irruption dans la cuisine, la bite à l’air, un appareil photo dans la main gauche, et un fouet dans la main droite.
–    Hey Tilly, désolé encore pour le flip d’hier soir, hein. Dis, ça te dérange de me filer un petit coup de main ?
Il lui tendit l’appareil photo. Tilly se pinça le bras si fort qu’elle se laissa une petite marque sur le bras. Elle l’avait toujours quand le mec étalait du faux sang sur un panda en peluche et lui demanda de ne pas mettre le flash.
–    Et merde.

LA SUITE

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2 Réponses to “S2 – épisode 4”

  1. Stef 4 septembre 2011 à 3:15 #

    Quuuuouââ?!
    Julia toute seule à Nouiork?

    J’en frissonne d’avance…

    • Vénus Rachais 12 septembre 2011 à 5:22 #

      Je me disais aussi que mes voisins à Brooklyn étaient un peu pâles… Je mettais ça sur le compte des trois-huit! grrr

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