épisode 9

Temps de lecture estimé : 2 min. 57

« CACHEMIRE ET OISILLON »

Vendredi 18h15

Ce chapitre contient : une pelote – du vert  pistache – un début d’érection

Au Saint-Phalle, l’humeur était bizarre. À nouveau, Fiona pleura tout d’un coup. Bruce, décontenancé et en même temps ravi du désarroi d’autrui, préparait un thé au citron.
– Alors Sweety ? Faut pas pleurer comme ça !
– Pardon. J’ai les nerfs en pelote.
Bruce n’avait jamais entendu cette expression et il trouvait ça dégueulasse.  Il imagina un pull en nerfs et déglutit un «  ah… » coincé du gosier en lui tendant un gentil mug à l’anse décorée de motifs girafe.
– Merci, ça fait du bien.
– Brucie, il sait faire du bien, répliqua-t-il en s’essuyant le front plein de la sueur froide que lui évoquait sa vision de cachemire en peau de nerfs.
Elle ôta d’ailleurs son pull jaune qu’elle posa sur le dossier de la petite chaise en formica et balaya la petite cuisine du regard.
– Il fait bon ici. C’est mignon, cette cuisine, les couleurs… J’aime bien le vert pistache. Ça m’apaise… mais je sais pas trop pourquoi…
Elle s’arrêta brusquement en étouffant un nouveau sanglot. Bruce commençait à trouver ça un peu lourd, cette petite qui chialait tout le temps. Elle se reprit sous le regard soulagé du patron du Saint-Phalle et continua :
– Je… Je ne vais pas très bien, j’ai des petits soucis avec ma mémoire… Je dors mal, je suis un peu paumée là…
Fiona, perdue dans ses pensées, s’interrompit. Elle avala son thé au citron et dit :
– Si ce Dédé venait à me demander ici, vous ne lui direz pas que je suis venue, n’est-ce pas ?
Eh Sweety ! I’m not sure
– S’il vous plaît ! On oublie cette histoire de coup de fil tordu, c’était sûrement pour me faire peur !
– But why te faire peur ?
– Je … J’en sais rien…
Peu convaincante se disait Bruce qui commençait lui aussi à flipper. Et si ce Dédé débarquait ici, lui ordonnait de lui dire la vérité en le plaquant contre le comptoir de la boutique ? Et si cet homme s’approchait de lui, tout près, de façon à ce que Bruce ne puisse plus esquisser un geste d’esquive ? Et s’il sentait l’haleine haletante de son agresseur dans son cou ? Si les muscles puissants de l’homme l’enserraient violemment… et si… ? Bruce arrêta là ses élucubrations, commençant à sentir monter un début d’érection.
– Ok ! On parle plus de cette coup de fil.
– Merci Bruce.

Elle déposa son mug vide dans l’évier, tapa deux grosses bises sur les joues flasques de Bruce et sortit du Saint-Phalle, comme elle était entrée avec sa démarche de petit moineau.
En allumant la radio, le patron du sex-shop se rendit compte que la gamine avait laissé son pull sur le dossier de la chaise. Accompagné par Sylvie Vartan, «L’amour, c‘est comme cigarette, ça brûle et ça monte à la tête… » et handicapé par sa corpulence, Bruce se lança à la poursuite de Fiona. En vain. Elle avait déjà disparu. Le petit oiseau s’était envolé.

*   *   *

Lagios se croyait seul mais elle était dans la salle de bain.
– Tu vas encore tringler une de ces petites putes russes ? lui lança-t-elle sans nonchalance aucune.
Il ne prit pas la peine de répondre.
– Hein ? insista-t-elle.
– Oui Freddy, j’y vais ce soir.
– Reste avec moi, supplia Freddy.
– Non.
– Dis-moi que tu seras là demain soir ?
– Oui.
Il mentait bien sûr.

La suite…

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