épisode 8

Temps de lecture estimé : 4 min. 10

« BALLET DE SÉDUCTION AQUATIQUE »

Vendredi 18h20

Piscine Garibaldi

Ce chapitre contient : Un crocodile, un dauphin et un piranha
Playlist conseillée

Vincent était déjà là quand Tony arriva devant l’entrée de la piscine Garibaldi : nouveau jean branchouille, baskets tendance, T-shirt design. Tony était toujours assez fier de faire la bise à Vincent en public.
– Salut Tony !
– Toi aussi tu m’appelles Tony maintenant ?
– Wep, je trouve ça sexy ! Tony Ward !
– Te fous pas de moi !
Il montèrent les marches, passèrent les portes vitrées de la piscine, et se préparèrent pour l’indétrônable, l’indémodable, l’inamovible « Boonnnchhoour » de la damdelapiscine.
– Boonnnchhoour !
– Bonjour.
– Bonchouur, parodia discrètement Vincent.
La damdelapiscine regardait tout le monde de la même façon. Un léger dégoût dans le coin de l’œil. Toujours le même regard, de haut en bas, puis de bas en haut, avec le coin de la bouche qui se plisse, hésitant entre un sourire et une moue d’écœurement. Comme si elle connaissait quelque chose de honteux à propos de tout le monde. Tony avait pris ça au départ comme un simple reluquage dû à une frustration sexuelle certaine, mais le même regard se posait systématiquement sur tous les nageurs de la piscine. De tous âges. Et de tous bords.
Dans le vestiaire, la ménagerie habituelle : Boblepervers, Flipperledauphin, et Timlepiranha.
Bob passait plus de temps dans les vestiaires, à se sécher les testicules, que dans l’eau, quand toutefois il daignait sortir de la douche pour entrer dans la piscine, où il gardait les mains sous l’eau.
Flipper, crâne dégarni et corps athlétique, s’amusait à nager la brasse papillon dans un bassin qui fourmillait de nageurs redoutant son passage. Le bassin semblait beaucoup trop petit pour lui, comme le crocodile du parc de la Tête d’Or, qui peine à se mouiller le dos à partir du mois de mai.
Tim, lui, passait son temps près de l’échelle, le visage à moitié enfoncé dans l’eau. Il semblait haïr le monde entier et scrutait méchamment tous les barboteurs du bassin. Ses couteaux oculaires s’étaient posés sur une sexagénaire en maillot rayé qui, lorsqu’elle sentit des sillons de haine marquer son dos, se retourna, effrayée, et fonça aux vestiaires.
Lorsqu’ils entrèrent dans l’eau, Tony comprit qu’il ne repartirait sans doute pas avec Vincent. Il vit une poupée Barbie, qui regardait un Ken, qui ne la regardait pas, mais qui regardait Vincent. Vincent regarda Tony, qui regardait Ken, puis regarda Ken, puis Barbie, puis Ken, avant de regarder Tony. Tout le monde regarda ailleurs et se mit à nager, pris d’une soudaine envie d’avoir l’air d’être là pour le sport. Après trente minutes de barbotage collectif, d’évitage de dauphin, de contournement de piranha et d’éloignement de pervers, Ken, Barbie, Vincent et Tony sortirent de l’eau. Talonnés de près par Boblepervers, Flipperledauphin, et Timlepiranha.
Barbie prit à gauche, en direction des douches des filles. Les garçons prirent à droite. Ken passa près de Tony et de Vincent et se mit à se savonner. Vincent s’installa entre Ken et Tony, et oublia Tony pour quelques instants. Le savon fit glisser le regard de Vincent du visage de Ken à son bras tatoué, et finit sa glissade dans son slip, où menait une discrète cicatrice, visible parce qu’elle était plus claire que le reste de sa peau bronzée. Tony jeta lui aussi un œil et soupira. Il quitta les douches en premier pour se rendre aux vestiaires.
Boblepervers, fidèle à son poste, s’essuyait les testicules nonchalamment, la bouche légèrement entrouverte. Il ne manqua rien de l’arrivée de Ken. Ne perdit rien de l’entrée de Vincent. Ne rata pas le séchage de Ken, ne manqua pas une goutte sur le torse de Vincent. Il cessa même de se sécher lorsque le slip de Ken glissa sur ses pieds, et que Vincent essora le sien au-dessus de la rigole.
Un ange passa.
Tony avala sa salive. Timlepiranha lâcha son sac par terre. Flipperledauphin poussa un sifflement admiratif. Tous sentirent comme une vague envie d’applaudir. Boblepervers grava cette vision dans sa mémoire. Pour une utilisation ultérieure. Et solitaire.
Lorsque tout le monde fut rhabillé – et que Bob peaufinait encore son séchage gonadique – Tony et Vincent se dirigèrent vers la sortie. C’est le moment que Vincent choisit pour passer à l’action.
– Excuse-moi, tu aurais l’heure ?
Ken regarda nerveusement sa montre et eut le temps de répondre « 19 heures 19 » avant que Barbie ne reprenne son droit et son bien.
– À bientôt, lança Vincent.
Barbie pressa le pas, serrant plus fort le bras de Ken.
Vincent prit Tony par la taille.
– Je t’offre un verre chez Papa Guyzo au Sunset ?

La suite…

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