épisode 5

Temps de lecture estimé: 3 minutes 58

« LA BELLE ÉQUIPE »

Vendredi 18h02

Ce chapitre contient : des branques – une perruque – un fils

– T’es vraiment à la ramasse, pauvre tache ! hurla Beaudédé.
– Koi ! Pas compris quoi la dame vioque elle a dit ! Pas ma faute à moi !
– Youri ! Elle te demande si la fille est vivante, tu réponds oui et pis c’est tout !
– Arrête d’y gueuler, Beaudédé ! Pas savoir dire quoi à la dame vioque vu que l’autre dormir toujours…
– Ta gueule, tu me fatigues.

Mais quel boulot à la con, se disait Beaudédé tout en sentant remonter un pet le long de sa raie du cul. Cette équipe de branques commençait sérieusement à les lui broyer sévère et alors ce péquenaud de Youri que Francis lui avait refilé ! Francis avait cette rare spécialité de recueillir des petits voyous qu’il prenait sous son aile. Il leur apprenait deux trois ficelles du métier de la tire et quand ils étaient un peu moins cons, il les dispatchait chez Beaudédé, Hubert, Paulette ou Djibril pour qu’ils fassent partie d’une vraie team, un truc où ils n’avaient pas de responsabilité.
D’habitude, Beaudédé était satisfait de ces petites mains, mais alors là, le trou du cul du Caucase ! Un type sympa ce Youri : immense, dans les deux mètres, deux mètres dix, toujours le sourire, avec une queue de cheval constituée des quelques mèches blondes qui lui restaient à la base de la nuque, mais d’une connerie abyssale. Il avait réussi à assommer la petite dès le début de l’opération : il l’avait tirée par le bras tellement fort qu’elle avait heurté la vitre et s’était évanouie illico dans un bruit mat. Bon, ça avait certes évité des complications pratiques : le ligotage, le scotch sur la bouche. Mais là, ça commençait à poser un sérieux problème : elle ne se réveillait toujours pas et la vieille débarquait.

Madame Maslowski arrangea sa perruque, vérifia son maquillage, enfila son imperméable bleu pervenche et descendit l’escalier. Ils la tenaient, enfin ! Cette petite garce allait lui dire où se trouvait Vladia. La piste était encore chaude selon Conrad, le détective qu’elle avait engagé pour retrouver la trace de son fils.
En octobre dernier, la fille et Vladia auraient eu des rapports sexuels réguliers dans un petit appartement loué sous un faux nom en face de la gare de Perrache. À Lyon, en France ! Mme Maslowski avait repris espoir. Décidément, ce Conrad était compétent comparé à ses prédécesseurs. Tous, avant lui, avaient échoué au même endroit : on perdait la trace de Vladia à San Francisco où il avait été vu dans un restaurant thaïlandais en avril 2005.
Depuis quatre ans, Mme Maslowski était passée par tous les états possibles pour une mère sans nouvelles de son petit : d’abord, elle ne s’était pas trop inquiétée connaissant les coups de tête violents et les envies d’ailleurs de son fils unique. C’est ensuite qu’elle avait commencé à paniquer : elle avait découvert qu’il n’avait plus d’adresse, plus de compte bancaire, plus de numéro de téléphone, plus rien qui permettait de le retrouver. Elle l’avait maudit de lui faire endurer ce calvaire.
L’année suivante, elle s’épuisa en incessants voyages dans toute l’Europe. Elle sautait dans un avion dès qu’on lui affirmait avoir vu le jeune type sur la photo dans un coffee shop à Amsterdam ou en train de boire une bière sur la Plaza Real de Barcelone, ou encore sur une scène de théâtre à Berlin, comédien dans une troupe expérimentale qui jouait exclusivement pour les malentendants.
Après son tour d’Europe, elle n’avait même plus eu d’énergie pour déprimer. Elle était restée prostrée à boire de la vodka des jours durant en regardant la télé française dans un appartement horriblement kitsch qu’elle avait loué à une vieille dame adoratrice du tissu à fleurs. Huit mois plus tard, sortie de sa torpeur, elle engageait Conrad qui retrouva la trace de Vladia à San Francisco. Et maintenant, la bande à Beaudédé avait réussi à enlever la dernière personne qui l’aurait touché.
L’heure approchait pour Mme Maslowski de serrer son fils dans ses bras. Son cœur débordait tandis qu’au même moment, le cœur de Julia battait au ralenti. Elle fermait obstinément les yeux et contrôlait savamment les battements de son cœur comme elle l’avait appris quand elle faisait de l’apnée, en se disant qu’elle subirait moins de sévices si elle continuait tranquillement à jouer la comédie de l’évanouie.

La suite…

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4 Réponses to “épisode 5”

  1. SPO 1 août 2010 à 2:20 #

    3 minutes toutes les semaines c’est pas beaucoup… les séries télé c’est trois heures, par semaine, et c’est jamais assez.

    3 minutes, c’est qu’on a à peine le temps de rentrer dedans que c’est déjà fini. la littérature c’est pas de la pub ! (qui elle revient dix fois par jour, et souvent sous des formes différentes)

    une heure de lecture, ça pourrait le faire non ? ça permettrait aussi que ce soit plus riche.

    bon courage pour la suite. on l’attend !

    • sespoupees 1 août 2010 à 2:44 #

      Merci pour le commentaire SPO !
      Bien sûr, vous avez raison, 3 minutes c’est court…Disons que je souhaite faire de ce feuilleton un petit bonbon du dimanche, une petite bulle de fiction, il me semble que pour la forme Internet c’est assez pertinent. Cela vient aussi de certaines contraintes que je me suis imposées…Tout ça va s’étoffer au fur et à mesure mais toujours dans un esprit de divertissement et de légèreté.
      En tout cas, malgré vos critiques, je sens un désir de connaître la suite et ça, c’est déjà un pari gagné ! A moi ne pas vous décevoir !
      Amicalement

      • Tarass Boulbou 2 août 2010 à 9:29 #

        Ah ouich, que le bonbon se gobe fissa !
        Mais c’est là qu’il faut saluer l’artiste : la double temporalité générée par l’intervention subtile des bulles hypertextuelles (hypeeeeeeeeeeeertextuelles du reste) défie et contre la flèche narrative et fait courir comme un horizon méditatif dans la chevelure de la comète.
        Aussi : post coitum legendum, animal numquam triste, o alma Venus, gratias tibi agimus !
        PS : pour illustration, le lien « la télé française » m’ébahit, j’en babatte encore et m’en barbouillerai bien jusqu’à dimanche prochain (vêpres comprises) oui-da !

  2. Vénus Rachais 3 août 2010 à 10:18 #

    Cher Tarass Boulbou,
    merci pour cette lecture attentive et généreuse.
    Sachez que pour vous exprimer mon infinie gratitude, je distribuerai quelques friandises supplémentaires à partir de dimanche prochain. 🙂
    bien à vous,
    Vénus

    PS : ça va mieux avec vos fils ? J’avais l’impression que vous étiez fâchés, non ?

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