épisode 39

Temps de lecture estimé : 6 min.50

« EN FLAGRANT DÉLICE »

Samedi 21h24

Ce chapitre contient : de la testostérone, du latex et des jumeaux albinos

Lagios en était sûr depuis longtemps, son cœur ne battait que pour les femmes. Même si les choses n’allaient pas fort avec Freddy depuis quelques temps maintenant, rien de suffisamment sérieux pour virer sa cuti.
Mais il devait quand même reconnaître que le show de ce soir était particulièrement bandant. Même pour l’hétérosexuel à 95% qu’il était.
Vincent. 1,80, prof de sport barraqué. Séduisant. Aimant séduire.
Tête rasée pour l’occasion. Barbichette autour de la bouche. Corps huilé.
Dansant sur Pon de Replay, de Rihanna. Juste pour lui. Lagios. Un nom choisi au pif dans un dictionnaire mythologique.
Lagios profitait d’habitude de la danse pour faire le point sur l’affaire. L’enquête avait bien ramé depuis quelques mois, et l’espoir de retrouver le « Taxidermiste » s’amenuisait d’heures en heures si aucun autre élément ne venait s’ajouter rapidement au dossier.
La planque commençait à être peu sûre. Et la planque commençait surtout à être lourdingue. Freddy le croyait pédé et lui faisait des scènes tous les 4 matins. Elle pèterait complètement les plombs si elle le voyait maintenant. Et si elle pouvait voir la bosse qui commençait à enfler dans son slip.
Vincent n’en pouvait plus d’être séduisant, ivre de son propre sex-appeal. Son regard faisait la navette entre Lagios et les miroirs qui entouraient la scène. De son propre corps au regard troublé de son unique spectateur.  Il savait qu’il plaisait à Lagios. Il eut envie de voir à quel point.
Si Tony n’arrive pas à lui faire sortir le matos, on va voir si moi je peux y arriver ! For you, little Tony !
Il s’arrêta de danser et fixa Lagios. Droit dans les yeux. Il plaqua ses deux mains contre la vitre. Se passa la langue sur les lèvres. Secoua la tête et lui sourit. Puis l’une de ses main glissa le long de son torse. S’arrêta un peu sur un téton. Puis elle glissa plus bas. Encore plus bas. Et finit inexorablement dans son slip.
En quelque sorte, il mit le paquet.
Lagios suait maintenant comme un bœuf. Il était sûr que Vincent pouvait entendre le bruit de son cœur dans sa poitrine, faisant concurrence à Rihanna. Sans doute par mimétisme, sa main laissa tomber ses notes et finit aussi dans son slip. Elle y trouva les limites de son hétérosexualité.
Merde, pensa-t-il, pourquoi j’en profiterais pas ? En plus, ça ne fait que renforcer ma couverture ici, non ?
Comme l’avait donc prédit et orchestré Vincent, Lagios baissa son pantalon.
– Youhou ! hurla Vincent, fier de lui.

– Youhou ! Y a de l’ambiance, là-dedans, parodia Mondini, sa lampe torche braquée sur Lagios.
– Police ! Ne bougez pas !
– Quoi ? Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?
– Police, je te dis. Et pas la peine de te rhabiller, quelques chose me dit qu’on va devoir tout fouiller de fond en comble ici !
– Mais putain, vous ne comprenez pas !
– Ta gueule ! Contre le mur. Allez les gars, fouille complète. On cherche n’importe quoi comme type de drogue. Apparemment, on doit trouver un gros magot !

Vincent fut emmené dans sa loge. Lagios, vert de rage, se fit plaquer cul-nu contre le mur par deux collègues de Mondini.

– Mais putain, je fais partie de la maison, je suis sous couverture ici ! Déconnez-pas !
– Oui, c’est ça, et nous on serait pas au courant ?
– C’est le principe de travailler en sous-marin, non ?
Lagios entendit un bruit de latex qui claque.
– Qu’est-ce que vous foutez ???
– Ben c’est une fouille complète, mon grand. On nous a indiqué qu’un certain Lagios trafiquait de la drogue ici. C’est pas toi le Lagios en question ?
– Si, c’est moi ! C’est mon pseudonyme ici bande de nases !
– Chut, chut. Ne te crispe pas, sinon ça risque d’être douloureux.
– Je te préviens, si toi ou tes collègues me foutez un doigt dans le cul pour chercher un barrette de shit, je te fais virer, Mondini.

Mondini s’arrêta tout net. La tête penché sur le cul de Lagios et la main gantée de latex, il essaya de se souvenir s’il avait donné son nom en entrant dans la salle de show privé.
– Comment tu connais mon nom ?
– Je connais bien plus que ton nom, Ducon.
– Quoi ?
– Mondini, ce que je sais de toi intéresserait beaucoup tes collègues à mon avis.
Les deux collègues en question pouffèrent.
– C’est de l’intimidation. Je te crois pas.
– Wep, j’ai même des photos de toi. Et tout un dossier si tu veux savoir. Je te rappelle que je suis en planque ici depuis des mois. Je veux bien t’en dire plus sur l’enquête, mais pas devant tes collègues. C’est ultra confidentiel.
– Tu me fais marcher, grogna Mondini. J’ai rien à me reprocher.
Il s’approcha du postérieur de Lagios.
– Mondini, je te préviens, si tu me touches le cul, je diffuse les photos de toi avec les jumeaux albinos.
Mondini se changea en pierre.
Ses collègues pouffèrent une nouvelle fois.
– Vous deux, lâchez-le et allez fouiller la pièce d’à côté. C’est à moi de m’occuper de ce type.
Les deux sous-fifres s’exécutèrent. Ils participèrent à la mise à sac général avec leurs comparses.
– Alors Mondini, on reprend ses esprits ? Je balancerai pas les photos des albinos si vous ne voyez pas d’objections à ce que je remette mon slip.
– Oui oui, bien sûr. Racontez-moi.
Mondini écouta docilement l’histoire de fous que Lagios avait pour lui. Lagios lui expliqua qu’il bossait pour Interpol. Il était infiltré ici depuis des mois, à la recherche d’un dangereux psychopathe surnommé par le FBI : « le Taxidermiste ». Recherché par toutes les polices du monde, le type s’était enfui des Etats-Unis après avoir « opéré » une demi-douzaine de « patients ». Les patients en question venaient vers lui pour un changement de sexe. Les rumeurs circulant vite dans les réseaux clandestins, le fameux docteur avait acquis sur un malentendu une réputation de personne fiable. Le type s’était révélé être un boucher abominable qui rêvait de fabriquer des êtres hybrides. Son trip, c’était un corps d’obèse avec des pattes de cigognes, ou des ailes de moineaux sur un corps de jeune fille. Lagios résuma les longues péripéties de l’enquête devant les yeux hallucinés de Mondini.
– Putain, mais c’est une histoire de fous ce truc ! On dirait le scénario d’une série américaine à la con.
– Écoute, une fois qu’on aura mis la main sur le meurtrier, laisse-moi te dire que HBO pourrait s’y intéresser !
– Mais qu’est-ce que vous foutez à Lyon ? Vous pensez que votre type est là ?
– Wep. Non seulement on pense qu’il est là, mais en plus, on pense qu’il va recommencer. Notre enquête nous a mené dans ce sex-shop, il y aurait un lien entre l’une des victimes du « Taxidermiste » et le patron, Bruce Allen. Nous savons aussi qu’avant de fuir, le boucher s’apprêtait à tuer un jeune homme d’origine polonaise dont nous avons perdu la trace…
– Non, sérieux ?
– Wep. Quand le FBI est venu interpeller le « Taxidermiste », ils n’ont retrouvé qu’un bloc opératoire vide, quelques photos immondes, plusieurs passeports et un fichier de tests dermatologiques d’un laboratoire lyonnais.
– Putain la vache ! C’est l’hallu votre truc !
– Comme tu dis, mon vieux.
– Bon… Pour ces photos avec les fréros albinos, euh, j’ai rien fait de mal hein, ils ont trente et un ans, alors y a rien d’illégal là-dedans si ?
– Non non, rien d’illégal. Mais si tu me dis pas qui vous a balancé cette fausse piste de la drogue, j’en ferai faire une campagne Decaux dans la ville. Elles sont plutôt réussies.
– Ok, ok. C’est un type – pas très clair d’ailleurs, impliqué dans une sale affaire d’agression homophobe – qui s’appelle…. Attendez une minute, Tufier, ramène-toi ici !
Tufier, les bras chargés de DVD X passa la tête dans l’encadrement.
– Pose-moi ce bordel, ordonna Mondini et retrouve-moi le nom de notre informateur !
– Oui chef, il farfouilla dans sa veste bleue à la recherche de son calepin, voilà ! Il s’agit d’un certain Daniel, Daniel Merlan.
– Tu te fous de ma gueule ? souffla Lagios.
– Non, pourquoi ? s’étonna Tufier, non c’est ça : Merlan !
– Allez retourne là-bas ! hurla Mondini à son subalterne. On est bien d’accord pour les photos? demanda-t-il à Lagios, faut vraiment pas que mes collègues soient au courant. Ok ? OK ?
Lagios était déjà perdu loin, très loin dans ses pensées…

La suite…

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