épisode 35

Temps de lecture estimé : 4 min. 26

« TAPETTE A SOURIS »

Samedi 14h19

Ce chapitre contient : un piège – Caliméro – un gros bobard

 

– Vous avez encore mal ?
– Je n’ai pas mal là où vous croyez !
– Ben dites-moi où, je peux arranger ça, monsieur.
– Non ! Vous ne pouvez rien faire, triple fois hélas !, répondit Daniel avec emphase.
Il venait de se réveiller encore tout engourdi par les calmants, un gros bandage lui barrait le front et lui donnait un air de Caliméro sous sa coquille.
L’infirmière haussa les épaules et sortit de la chambre. Bizarre tout de même, se disait-elle, ce jeune type qui n’arrête pas de chialer ! Un chagrin d’amour de plus ! Mais pourquoi donc un mec comme lui ne voulait jamais d’une fille comme elle ! Elle aurait su le rendre heureux ! Quelle garce, la fille qui le faisait pleurer, et en même temps c’est tellement délicat un homme qui pleure. Quoiqu’à bien y réfléchir, ça faisait un peu tapette aussi…

– Une grosse tapette !
C’était à peu près la seule chose que Daniel arrivait à formuler depuis qu’il avait vu son père sortir d’une cabine du Saint-Phalle. La nuit qu’il avait passé à l’hôpital n’avait pas calmé sa colère. Il se souvenait de la grande sollicitude de Julia à son égard quand elle l’avait accueilli chez elle et puis il avait ressenti une grande douleur à la tête. C’est fou ce que le corps peut somatiser dans les grands moments de crise ! Les chocs émotionnels se répercutent en chocs physiques ! Il avait dû s’évanouir de douleur et Julia avait dû l’amener à l’hôpital. Daniel soupira.
– Une grosse tapette qui se paluche devant Tony !
En évoquant à son souvenir le visage de Tony, il se rappela qu’il lui avait décoché plusieurs bonnes droites dans la tronche.
– C’est plutôt à mon gros pédé de père que j’aurais dû les mettre…
Il décrocha le téléphone et demanda le commissariat.
– J’ai des informations très importantes à vous communiquer ! … Euh à propos d’un trafic de drogue…oui non je ne quitte pas… dans le secteur de la Guillotière, j’ai même un lieu très précis à vous indiquer : le sex-shop appelé le Saint-Phalle… Oui bien sûr que je suis prêt à faire une déposition… Par contre je ne peux pas me déplacer, je suis à l’hôpital Saint-Luc/Saint Joseph…D’accord !

Une demi-heure plus tard, l’inspecteur divisionnaire Mondini, flanqué de l’agent Tufier et de l’agent Jullois prenait en note le témoignage de Daniel :

– Pour nous résumer, vous déclarez que le commerce du Saint-Phalle est une couverture à un gros trafic international de drogues en tous genres : héroïne, herbe et cocaïne.
Daniel acquiesça.
– Putain ! Je savais qu’on tenait un truc un peu louche avec l’autre pédé de ce matin !, s’enflamma Jullois.
Daniel vira en une seconde du rouge tomate au blanc salsifis :
– Quel pédé ?
– Oh ! Une histoire à la con de pédés qui se tapent sur la gueule !
– Ouais, ils sont dégueulasses.
Daniel versa encore une petite larme. Tufier baissa les yeux au sol, Mondini reprit :
– Bon, comment avez-eu connaissance de cette activité illégale ?
– J’ai été témoin d’une conversation. Je suis entré au Saint-Phalle hier vers 20h parce que j’étais à la recherche d’une amie, rien à voir avec l’activité du lieu… Bref, j’ai voulu aller soulager ma vessie et quand je suis sorti des toilettes, j’ai entendu un type dire : « C’est de la bonne, les fournisseurs se sont pas foutus de notre gueule, on va se faire un paquet de pognon ». J’ai jeté un œil dans l’arrière boutique et là, j’ai vu un type plutôt baraqué qui coupait de la poudre blanche avec une lame de rasoir sur un coin de table, ensuite il a mis un peu de poudre sur la pointe d’un couteau et il l’a goûtée. L’autre a dit : «  Alors Monsieur Lagios ? Comment vous la trouvez ? »
– Il a appelé le type Monsieur Lagios ?
– Je suis formel !
– Putain, c’est le nom du type mentionné par le gros porc, le patron du Saint-Phalle ! s’exclama Jullois.
Daniel continuait sa charge :
– Toujours est-il que le type appelé Lagios a hoché la tête et il a dit « Je reviens demain à 21h ». Ils se sont serrés la main et hop ! Ils sont sortis par l’arrière. Et moi, je suis revenu dans la boutique.
– Et qui était l’autre bonhomme ?
– J’en sais rien.
– Question : vous n’avez pas été témoin d’une altercation entre un des danseurs du Saint-Phalle et un client ?
– Désolé, non…
– C’est pas grave, juste pour vérifier un truc. On va prendre votre nom, vos coordonnées et vous allez signer cette déposition. Nous, on va monter une procédure pour tenter le flagrant délit, il nous reste peu de temps avant ce soir ! C’est un gros coup, il va falloir se bouger les fesses ! Tufier, réunissez l’équipe d’intervention : briefing dans une heure au commissariat central ! Je vais allez appeler le juge et dégoter un mandat de perquisition et un mandat d’arrêt établi au nom de monsieur Lagios. Jullois vous allez passer ce nom dans le fichier Interpol et on va voir ce que ça nous dit. Je savais que ce putain de Saint-Phalle cachait quelque chose !

Mondini, Tufier et Jullois sortirent de la chambre sans même consulter le nom du témoin sur la déposition. Même s’ils l’avaient fait, dans leur excitation, ils ne se seraient pas souvenus du nom de l’agresseur potentiel de ce petit pédé de Tony dont ils avaient recueilli la déposition quelques heures auparavant. Daniel pleurait toujours.
– Putain ! L-A-G-I-O-S , tu vas payer ! Tout ça va se savoir, mon vieux…

La suite…

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