épisode 33

Temps de lecture estimé : 4 min. 57

« ALALANGUE »

Samedi : 11h40

Ce chapitre contient : des poubelles – du whisky – des larmes

– Mais où vous avez trouvé cet accoutrement ? demanda Julia, effarée par l’efficacité sans commune mesure du commando maslowskien.
Madame Maslowski, Youri et Julia venaient en effet de déboucher par une issue de secours salutaire sur le parking de service, à l’arrière de l’hôpital. Ils étaient tous les trois un peu essoufflés après leur parcours chaotique dans les couloirs de l’hôpital.
– J’ai beaucoup de ressources chicken ! répondit l’ex-vieille dame (elle semblait rajeunir d’heure en heure) en essayant de faire glisser sa minijupe en skaï sur ses cuisses. Oh ! mais merde, je suis coincée dans ce machin !
– Ça fait mal aux pieds ces trucs.
Youri tirait comme un beau diable sur ses santiags sans parvenir à les ôter.
– Vous avez l’air malins tous les deux, s’esclaffa Julia qui reprenait du poil de la bête Elle avait gardé à la main la flasque de whisky.
– Au lieu de te marrer, aide donc ce pauvre Youri !
Julia posa la flasque par terre après avoir pris une bonne rasade et entreprit de tirer sur la chaussure beaucoup trop étroite pour les panards du Yougo.
– Ça glisse pas ! C’est putain de serré !
– J’ai pas mis de chaussettes, avoua le grand blond penaud.
Maslo enfournait sa perruque et sa jupe en cuiros dans un grand cabas carrefour quand la santiag céda. Mais avec une telle violence que Julia fut projetée sur une benne à ordure située derrière elle, contre le mur du bâtiment.
– Bordel ! Je me suis explosé le dos !
De rage, elle balança la santiag en direction de Youri qui loupa la chaussure.
– On se calme ! cria Maslow qui avait retrouvée son habituelle dignité de vieille dame chauve grâce à une robe sans forme aux motifs fleuris. Je ne veux plus vous entendre !
Youri et Julia baissèrent les yeux comme des mômes.
– Arrêtez de marmonner et tâchez de lui enlever la deuxième botte !
Julia se pencha vers la chaussure droite pendant que Maslow coiffait sa perruque à chignon.
– Qu’est-ce qu’il y a encore à gémir ?
Les deux levèrent vers elle un regard à la fois offusqué et interrogatif. Elle comprit que le bruit ne venait pas d’eux. Ils entendirent alors tous les trois très distinctement une voix qui gémissait, ils tournèrent la tête vers la benne à ordures d’où semblait s’échapper le bruit. Youri prit appui sur le haut de la benne et se tracta sur ses avant-bras pour jeter un œil au conteneur. Il était pâle quand il redescendit.
– Eh bien mon grand ? Qu’est-ce que tu as vu ?
– Julia !
– Quoi encore ?
J’ai vu Julia !
– Qu’est-ce que tu racontes mon vieux ? Faut que t’arrêtes la bibine !
– Youri… un peu de calme, tu nous expliques ?
– Y a une fille dans la benne, une fille qui ressemble à Julia comme si c’était elle mais ça se peut pas vu que t’es là…
– Bon, monte là-dedans mon grand, sors-moi ça et on va voir ce qu’on peut faire…, ordonna Madame Maslowski, toujours pragmatique.
Malgré ses pieds nus, Youri monta aisément dans la benne remplie de sacs poubelles bleus.  Bientôt, il tenait dans ses bras une jeune femme visiblement droguée. C’était d’autant plus le portrait craché de Julia qu’elle portait le même pull jaune. Il déposa tant bien que mal la jeune femme sur le bitume du parking.
– Enfin ! C’est elle que je recherchais ! articula Maslow, je vais comprendre ce qui est arrivé à mon fils ! Merci mon dieu !
– Enfin ! Je vais comprendre d’où viennent toutes mes emmerdes du week-end !, lâcha Julia.
– Bon, cette demoiselle ne s’est pas retrouvée dans cette poubelle par hasard, donc on ferait mieux de se carapater d’ici au plus vite !
Youri hocha sa tête chevelue et alla chercher la Corsa rouge de Madame Maslowski. Pendant ce temps, Julia essayait de remettre son sosie d’aplomb. La fille n’arrivait pas à ouvrir les yeux plus de 10 secondes.

Une demi-heure plus tard, le commando augmenté de celle qu’ils appelaient « le sosie » débarquait chez Julia et Tilly, rue Jangot.
Tilly ouvrit des yeux ronds exorbités en voyant Fiona.
– Putain de merde ! La fille de la photo ! La fille recherchée par Conrad ! Vous l’avez trouvée où ?
– Trop glauque, amène de la vodka, on va la réveiller, exigea Julia, pressée de connaître la version des faits de son alter-ego.
Maslow et Youri installèrent l’inconnue sur le canapé des filles. Elle semblait avoir plus de forces.
– Tiens Fiona ! Julia lui tenait la tête pour qu’elle boive le verre d’alcool. Je crois que c’est son nom, Bruce m’a appelée comme ça hier au Saint-Phalle…
La jeune fille avala la vodka cul sec et ouvrit enfin les yeux. À cet instant, Madame Maslowski poussa un cri et tomba à genoux en marmottant des mots incompréhensibles, Julia et Tilly interrogèrent Youri du regard qui se contenta de hausser les épaules en disant :
– Je suis Yougoslave moi, pas polonais !
Fiona se tenait la tête en gémissant et elle aussi parlait polonais :
Niemożliwe ! Niemożliwe !
Moj syn ! Moj syn ! Wreszcie !, scandait Maslowski en transe, elle pleurait et prenait Fiona dans ses bras en l’embrassant sur tout le visage. Puis, elle se retourna vers Julia, Tilly et Youri :
– C’est Vladia ! C’est mon fils ! C’est mon fils à moi, mon enfant ! Enfin ! Je t’ai trouvé mon chéri.
Tilly souriait bêtement et regardait Fiona, l’air gêné.
– Mais Madame Maslowski, c’est pas un garçon, c’est une demoiselle…
– Ferme-la, glissa Julia.
– Les choses ne sont jamais tout à fait comme on les imagine, philosopha Youri.
Fiona se redressa un peu contre le dossier du canapé et prit enfin la parole :
– Je suis Fiona née Vladia Maslowski ! Je suis Fiona née Vladia Maslowski.
– Quoi ? demanda à point nommé Tilly.
– Je suis Fiona née Vladia Maslowski. J’entends parler polonais et la mémoire me revient !
Elle pleurait à moitié. Maslowski aussi :
– Mon Vladia ! Tu ne te souvenais pas de ta pauvre maman ? Tu es parti il y a si longtemps… Je regrette tant ! On s’était disputés si fort tous les deux, à cause de cette histoire de… enfin, il semblerait que tu es allé au bout de ton idée…
Fiona rougit un peu et Julia enchaîna :
– Je ne veux pas foutre la merde au milieu de ces touchantes retrouvailles mais pourquoi tu t’es fait faire ma tronche ?

La suite…

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