épisode 32

Temps de lecture estimé : 3 min. 52

« VIOLENTE REMINISCENCE »

Samedi 11h10

Métro le plus proche : Jean Macé

Ce chapitre contient : du sédatif –  des chromosomes – une fourrure mal placée

 

Le monde de Fiona venait de changer. Il ne venait pas de s’écrouler, il venait de tourner sur lui-même. Tout lui semblait différent depuis qu’elle avait fait ce rêve. Elle avait l’impression que ses vêtements étaient un tout petit peu trop grands pour elle. Que ses cheveux n’avaient pas la bonne coupe. Que la couleur des immeubles du 7e, l’allure des gens, leur façon de parler lui étaient presque étrangères. Un soupçon d’exotisme qu’elle n’avait jamais ressenti ici.

Dans son rêve, elle le voyait lui, plus beau que jamais. Puissant, calme, rassurant. Il lui disait de la rejoindre, en anglais.

Mais elle la voyait également elle, et ses nœuds de cordes, voulant l’attacher. Elle lui parlait une langue qu’elle ne comprenait pas. Jusqu’à aujourd’hui.

Tout s’éclairait.

Les blouses blanches, la lumière au-dessus, les instruments métalliques. La musique d’opéra. Et l’opération.

Mais pour éviter le désagrément d’une fausse épiphanie, elle préféra revenir se confier au docteur Karki. Lui seul, son confident, pourrait l’aider à mettre un peu d’ordre dans tout cela.

Qu’il lui sembla long, le chemin jusqu’à l’hôpital.

Qu’ils étaient beaux les gens qu’elle croisait sur sa route.

Qu’elle était heureuse en franchissant la porte du bureau du Docteur Karki, lumineuse, légère et enthousiaste.

Qu’elle fut surprise lorsque celui-ci lui fronça les sourcils et lui dit :

– Te voilà enfin, petite pute. Où t’étais passée ?

Elle n’eut pas le temps de digérer sa sidération qu’elle reçut une dose de cocktail à base de GHB et de sédatif par intraveineuse.

Le reste devint flou. Elle percevait les couleurs, mais pas les contours. Les images étaient comme asphyxiées. A la fois trop, et pas assez. Trop de mouvements, pas assez de formes.

Elle perçut à peine les mains et la langue de Karki sur ses seins. Mais elle ne bougea pas lorsqu’il déchira son chemisier. Tous ses efforts se tendaient vers la volonté de ne pas sombrer. Un réflexe reptilien lui dictait de lutter contre le sommeil. A tout prix.

Elle sombra au moment où Karki fit descendre son pantalon sur les chevilles, déballant des couilles rasées et une bite bien tendue. La vision très exacte pour laquelle Boblepervers et Vincent auraient donné cher à la piscine Garibaldi. Vision de film X dont Fiona ne profita pas.

Karki se masturbait en déboutonnant le jean de Fiona. Excité plus que jamais maintenant qu’elle dormait d’un sommeil artificiel.

Il descendit le pantalon de Fiona et enfonça la main dans son slip.

Il fronça les sourcils. Il arracha le slip de Fiona pour confirmer ce que lui disait sa main. Il fallait bien qu’il se rende à l’évidence : Fiona donnait dans le XY. Ou pour être plus clair, même si Fiona avait des seins, ça ne l’empêchait pas d’avoir une bite. Et des couilles.

Karki, qui débandait tel un ballon de baudruche en fin de repas de communion, resta quelques minutes à observer l’anatomie de Fiona. L’association de tous ces X avec tous ces Y ne l’excitait guère. Il n’était pas vraiment branché « 2 en 1 ». Mais surtout, il n’était pas vraiment branché body art, et la touffe de poils visiblement greffée sur le bas du dos de Fiona le répugnait au plus haut point.

C’est quoi ce délire ? De la peau de lapin ? Du cheval ? Du chevreuil ? Du synthétique ?

Fiona devint un mystère pour lui. Après l’avoir auscultée et photographiée sous tous les angles, il se rhabilla.

Assommé de perplexité, il remit tant bien que mal ses vêtements à Fiona, et ajouta par-dessus une chemise de malade.

Avec la précision automatique d’un Dexter, il la mit sur un brancard, traversa les couloirs de l’hôpital jusqu’à la chambre 103, ouvrit la fenêtre, et la balança.

Le bruit mat ne parvint qu’à la famille de petit chats de l’îlot d’Amarantes, en chasse dans les poubelles de l’hôpital.

La suite…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :