épisode 30

Temps de lecture estimé : 4 min. 02

« PSYCHO »

Samedi : 9h02

Ce chapitre contient : un cathéter – Madonna – ce joli campus de Bron

Même s’il demeurait très faible, Tony s’était un peu redressé sur son lit pour prendre son petit déjeuner composé d’une compote de pommes à l’aspect passablement répugnant et d’un immonde liquide brun que l’infirmière avait désigné sous le nom de « café ». Il n’osait pas regarder le cathéter planté dans son bras gauche qui le reliait à la perfusion. Tout son corps le faisait souffrir. On attendait toujours les résultats de ses analyses. Son extrême fatigue et l’absence de coagulation sanguine inquiétaient les médecins. Bruce venait de quitter la chambre en lui déposant un émouvant – et non moins visqueux –  baiser sur le front.
I have to go, Sweety ! Je reviens après, ok ?
Tony activa le bouton qui permettait d’appeler l’infirmière. Rosalie entra :
– Alors petit monsieur, qu’est-ce qu’on veut encore ?
– On veut savoir quand est-ce qu’on va sortir et surtout on veut savoir comment va son pote Vincent. Je vous ai demandé de ses nouvelles et je n’ai pas de réponses depuis hier. S’est-il réveillé ?
– Oh ben, j’en sais foutre rien moi ! Il faut que je me renseigne, c’est qui votre copain ?
Elle sortit en traînant les pieds après avoir assimilé très lentement toutes les informations transmises par Tony. Il eut à peine le temps de refermer ses paupières qu’on frappait à sa porte. L’agent Tufier le salua :
– Bonjour monsieur, je suis venu vous prévenir que votre copain Vincent s’était réveillé. On a pris sa déposition, il vous a blanchi. Il a confirmé votre histoire : la chute dans votre couloir, vos blessures dues à la baston au magasin.
Tony poussa un soupir de soulagement et demanda :
– C’est possible de le voir ?
L’agent Tufier haussa les épaules :
– Je pense, ouais mais j’ai pas l’impression que vous puissiez bouger de là…
– Vous pouvez peut-être lui dire où me trouver…
– Vous m’avez pris pour un foutu pigeon voyageur !
– Monsieur Tufier, soyez cool, si vous me rendez ce service, je vous ferais une ristourne la prochaine fois que vous venez me voir au Saint Ph…
L’agent Tufier piqua un fard et répondit :
– Bon je vais voir ce que je peux faire !
Il sortit de la chambre à reculons.

Dix minutes plus tard, Vincent poussa la porte au son d’un vigoureux : « Hi ha ! » à la Madonna. Pour la deuxième fois de la matinée, Tony eut droit à un baiser sur le front qui lui procura, cette fois-ci, un sentiment de sécurité et de bien-être absolu. Les événements récents faisaient poindre à nouveau un sentiment que Tony connaissait trop bien à l’égard de Vincent. Les choses étaient pourtant claires, il ne s’agissait que d’amitié entre eux. Profiter de sa présence, être tout simplement heureux de la place qu’il avait dans sa vie, point barre ! Tony cligna des yeux et fit le point sur le visage de son amour ami.
– Vincent, je suis content de te voir, putain je me suis fait un sang d’encre !
– Ouais, c’était un peu galère effectivement, je suis un peu cassé de partout. Ils ont absolument rien trouvé dans mon sang.  Je sais pas ce qui m’est arrivé, je dois revenir dans deux jours pour d’autres analyses… Et toi, qu’est-ce qui se passe, c’est quoi ce truc ?, demanda Vincent en montrant la perfusion.
– J’en sais rien. Ils me gardent parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi je ne cicatrise pas. On devrait en savoir plus dans la journée.
– Ok. Bon je vais attendre avec toi.
– Pas la peine, tu as cours aujourd’hui, non ?
Les branleurs de première année se passeront de moi, je n’ai aucune envie d’aller à Bron, je me sens trop nase. Et puis, j’ai découvert un truc ici qui va te faire halluciner !
– Vas-y !
– Putain Tony, tu ne me croiras jamais !
Tony leva les yeux au ciel, il détestait ces moments où Vincent se servait de lui comme faire-valoir. Il demanda quand même :
– Ça a l’air dément, raconte !
– Tu te souviens de ce mec qu’on appelait « Ken », ce dieu vivant qu’on croise à la piscine toutes les semaines, cet Apollon roi des longueurs, ce fantasme absolu…
– Abrège !
– Tu vois très bien de qui je parle, on dirait ! Eh ben, là, tout de suite, en sortant de ma chambre pour venir te rejoindre, qui est-ce que je croise en blouse blanche ?
– Ken ?
– Ken en personne ! On se salue genre on s’est déjà croisés quelque part, je lis son badge : Dr. Abel Karki, psychiatrie. Ce mec est médecin en plus ! La grande classe ! Il me demande ce que je fais là, j’explique le truc et il me dit que mon cas est très intéressant et qu’il a suivi de près mon dossier. Tu te rends compte ?
– Ouais, approuva mollement Tony, C’est pour ça que tu veux rester ici, pour essayer de revoir Ken ?
Vincent lui adressa un clin d’œil :
– Autant joindre l’utile à l’agréable !
Tony regretta de ne pas être l’agréable.

La suite…

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