épisode 3

Temps de lecture estimé : 3 min 02

« 1000 »

Vendredi 17h35

Ce chapitre contient : des euros – une engueulade – une considération importante sur la propreté des rues

Quelques heures plus tôt, Tilly avait eu cette phrase prophétique : « T’es vraiment un boulet de merde, ma putain de pauvre fille et tu finiras toute seule »,  elle était aussi l’auteur de cet aphorisme plein de sagesse : « Mes putains de cuisses sont aussi grasses que ton compte en banque est vide ». Tout cela, à cet instant où elle n’osait même plus lever le nez sur le visage désolé de Tony, Julia semblait prête à en faire des vérités absolues : « Boulet de merde » lui allait comme un gant et elle avait besoin de fric, et vite ! Bien qu’excessive et totalement individualiste, Tilly était souvent dans la vérité. Lance-toi Julia :
– Tony, je sais que t’es pas une banque et tout, que bien sûr …
– Alors, tu me dis ? J’ai pas le temps, faut que j’y retourne …
– 1000.
– Quoi ?
– 1000.
– 1000 ?
– Oui, bon ben ça va, on a bien compris !
– 1000 ! Non, mais je rêve ! T’es en plein délire, Julia, qu’est-ce que tu fous ?
– Rien, voilà justement, je ne fous jamais rien… Putain !
Elle avait les yeux qui piquaient.
– Calme-toi Julia, je veux dire, je suis là mais je ne peux pas, 1000. Quand même. Je peux 200, 250 mais c’est tout.
– Pardon Tony.
– Arrête !
– J’en ai marre. Tellement.
– C’est pour rembourser Daniel tout ce blé ?
Elle hocha la tête en se tortillant sur la banquette.
– Pourquoi t’acceptes qu’il te prête de la thune si tu sais que tu ne peux pas lui rendre ?
– Donne-moi 250 et épargne-moi tes sermons ! Et toi, qu’est-ce que tu fous à tortiller ton cul pour des connards de vieux pédés honteux ? Hein, qu’est-ce que tu fous ? Je veux pas faire le tapin, moi !
Silence.
– Pardon Tony, pardon.
– Va te faire foutre. Tiens, prends ça et va te faire foutre, Julia.
Tony griffonna un chèque à la hâte et drapé dans sa dignité bafouée, il sortit du Paradis sans un regard pour son ex meilleure amie. Julia pleurait comme la grosse conne de boulet de merde qu’elle était devenue depuis un an. Elle essuyait sa morve et ses larmes dans son pull pourri, se leva et au moment de sortir, une voix l’arrêta :
– Mademoiselle, les deux cafés ?
Affolée, immobile elle fixa le barman et annona dans un demi-sourire :
– Bien sûr, je …vous demanderez à Tony, parce que là j’ai rien en poche, désolée !
Elle sortit en courant en ne distinguant que le « asse » final de l’insulte lancée par le barman. Pas même trois euros en poche. Au moins avait-elle déjà 250… en chèque, bon.

Tony frissonna derrière son comptoir du Saint-Phalle. Elle avait dit « tapin » et la perspective de sa soirée avec le mystérieux « Lagios » ne faisait qu’accroître sa culpabilité. Oui, finalement, peut-être était-elle dans le vrai. Pendant ces considérations existentielles, il tournait le dos à la rue et il ne vit pas Julia glisser sur une crotte de chien, se tordre la cheville, se rattraper sur la portière d’une voiture qui roulait au pas dans la ruelle. Il ne vit pas non plus le bras sortir de la voiture, saisir le poignet de Julia, et l’attirer avec une force peu commune dans l’habitacle du véhicule.
En revanche, il remarqua Bruce, au téléphone, qui se grattait les couilles.

(lire la suite)

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