épisode 26

Temps de lecture estimé : 5 min. 34

« COMMANDO MASLO 1 »

Samedi 00h45

Ce chapitre contient : un kangoo et une gastro horriblement handicapante

Après une petite poire cuvée 2003 passée sous le nez, un verre d’eau dans la figure et dix-sept paires de claques, toujours pas de signe d’activité cérébrale chez Daniel. Une seule conclusion s’imposait à Mme Maslowski : l’hôpital.
– Vous êtes sûre ? demanda Julia.
– Ouais, ça craint ! Qu’est-ce qu’on va leur dire ? Qu’on lui a tapé sur la gueule par précaution et que maintenant qu’il est blanchi, ils peuvent nous le ranimer ?
Mme Maslowski sortit un petit calepin de son sac à main.
– Il eût été bon que cet éclair de génie vous traversât l’esprit avant de lui taper effectivement trois fois sur la gueule, chère Tilly.
Tilly prit sa tête de petite fillette honteuse de trois ans qui vient de pisser dans sa culotte parce qu’elle avait un peu la flemme de demander les toilettes. Mme Maslowski prit sa tête de grand-mère qui fait un peu la morale à sa petite-fille mais qui laisse suffisamment de jour sous son masque de sévérité pour rassurer la petite personne incriminée.
– Ne vous inquiétez pas, nous ne dirons rien à l’hôpital.
– Mais…
– Nous déposerons le paquet sans demander notre reste. Laissez-moi faire, je me charge de ça.
Julia et Tilly acquiescèrent, reconnaissantes.

Julia ne perdait pas une miette des gestes assurés de la pseudo vieille dame mystérieuse. Elle la regardait presque avec admiration remettre en ordre les objets autour de Daniel pour lui laisser de l’air, prendre son pouls, vérifier ses pupilles, guetter par la fenêtre, prendre quelques notes, réajuster sa perruque, composer un numéro de téléphone. Pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, elle n’avait pas envie de la questionner sur son histoire à elle, sur son nom, sur son accent, sur sa perruque. Elle avait juste envie qu’on s’occupe un peu d’elle et que les choses se passent sans qu’elle ait à réfléchir. Et Mme Maslowski, portable collé à l’oreille, jouait parfaitement ce rôle.
– Allo ? Beaudédé ? C’est Madame Maslowksi. J’ai besoin de vous tout de suite. Parking de la rue Jangot. Celui qui est payant maintenant.  Combien ? 15 minutes ? Vous pouvez pas faire mieux ? … OK. Amenez vos branques et le Kangoo. On a un grand truc à transporter. OK, à tout de suite.
Lorsqu’elle raccrocha, Mme Maslowski vit que Julia regardait Daniel d’un air inquiet. Comme si elle venait de réaliser tout à coup ce qui s’était passé.
– Julia, vous venez avec nous je suppose ?
Elle fit oui d’un air entendu.
– Je viens aussi ! cria Tilly.
– OK, mais ça va être serré serré. Vous passerez derrière.

17 minutes plus tard, Mme Maslowski vit Beaudédé et Youri qui garaient le Kangoo. Elle prit son téléphone.
– Vous aviez dit 15 minutes. Et ils sont où vos branques ? J’en vois qu’un.
Beaudédé, sidéré comme si on venait de chier sur son pare-brise, bégaya des excuses à base de contretemps, de galère et de gastro.
– Finalement, heureusement qu’on est là ! s’excita Tilly.
– Tilly, calmos, c’est pas l’agence tout risque.
– Bon, Youri garde le Kangoo. Beaudédé, vous montez tout de suite. L’appartement en face du mien.

Lorsque Beaudédé entra dans l’appartement, il vit Mme Maslowski, apprêtée, sac à main sous le bras, la fille qu’il avait kidnappée quelques heures auparavant, une fille qu’il ne connaissait pas qui lui faisait penser à Lara Croft version Gossip se préparant à une partie de paintball avec des copines. Mais il remarqua surtout l’immense tapis afghan roulé à leurs pieds.
– Beaudédé, faut qu’on cause.

Le plus difficile pour Beaudédé ne fut pas de comprendre toute l’histoire racontée par Mme Maslowski, ni d’écouter ses remontrances, ni de faire rentrer le corps (vivant) de Daniel dans le Kangoo, ni de conduire jusqu’à l’hôpital, ni même de déposer le corps à l’entrée du parking. Le plus difficile, pour Beaudédé, fut de garder sa dignité pendant qu’il faisait tout ça. Car Beaudédé avait bel et bien choppé la gastro de Djibril et Francis.
– Qu’est-ce que vous avez à vous tortiller comme ça Beaudédé ? demanda Maslowski, agacée.
– Ben, c’est que, je peux pas le dire devant les demoiselles. J’ai… enfin… je…oppfffff.
Un bruit absolument incroyable se fit entendre. Beaudédé devint écarlate. Maslowski, qui avait finalement compris, eut deux secondes de compassion.
– Bon, allez-y avant qu’on le déballe, mais dépêchez vous ! C’est miraculeux que personne ne nous ait encore remarqués !
– Merci, je file !
Mais Beaudédé n’eut pas le temps de filer très loin, car il fut rappelé à l’ordre trois mètres plus loin par une infection inflammatoire caractérisée par l’émission brutale et fréquente de selles liquides et abondantes. Il eut à peine le temps de se cacher derrière une voiture.
Tilly ouvrit des yeux gros comme des cuisses de bébés.
– Putain, j’hallucine. C’est dégueu ! Non mais je rêve là ! C’est énorme.
L’équipe, un rien estomaquée, et un poil brassée, médita quelques secondes, feignant de ne rien entendre et de ne rien sentir. Même Maslowski ne pipa mot.
Beaudédé revint blanc comme un cul d’anglais du Nord, le front en sueur. Le mot dignité s’était temporairement effacé de son vocabulaire.
– Si ça vous dérange pas, j’aimerais qu’on en termine vite.
– Tu m’étonnes, lâcha Julia.
Il déroulèrent le tapis. Daniel était toujours inconscient. Il lui firent un nid avec des couvertures piquées à l’hôtel Jangot.
– Et maintenant, comment on fait pour qu’on le trouve et qu’on le prenne pas pour un clodo ? demanda Julia ?
– Surtout, comment on fait pour prouver qu’il est pas mort, vu l’odeur qu’il y a par ici ? crut bon de rajouter Tilly.
Beaudédé regarda ses pieds.
– Laissez, je m’en occupe, dit Maslowski.
Elle composa le numéro des urgences sur son portable.
C’est à ce moment là que celui de Julia sonna. Julia blêmit en entendant son interlocuteur.
– C’est la police ! Ils cherchent Daniel, qu’est-ce que je leur dis ?
– Allô, les urgences ? Oui je patiente une seconde.
Maslowski fronça les sourcils.
– Dites-leur que vous ne savez pas où il est. S’ils vous convoquent pour un interrogatoire, on verra ensemble ce que vous leur direz.
Julia exécuta les ordres.
– Oui ? Je vous appelle pour vous signaler qu’une personne qui vient de faire un malaise est à l’entrée du parking de l’hôpital Saint Luc/Saint-Joseph. Au revoir, merci. Bon les enfants, faut pas qu’on traîne dans le quartier.
– Ça, c’est sûr, ajouta Tilly.
Beaudédé recommençait à se tortiller.
– Allez-y Beaudédé, j’ai plus besoin de vous. Et soignez-vous bordel !
– Merci Madame Masl….
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase.

La suite…

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :