épisode 24

Temps de lecture estimé : 3 min. 47

« BECAUSE THE NIGHT »

Vendredi 22h22

Ce chapitre contient : Patti Smith – une bouteille de Meursault blanc – un tapis persan

Soundtrack (indispensable pour le bon déroulement de ce chapitre).

Ce même soir, vers 19h, Lagios était d’abord passé par son bureau et avait consulté le dossier épineux sur lequel il planchait depuis des mois. Cette affaire le rendait nerveux. Il avait jusque là gravi avec une certaine facilité les échelons de la boite mais là, il se sentait dans une impasse professionnelle et tout ce merdier le déstabilisait. Il commanda par téléphone un repas sommaire chez le chinois d’en bas. Il pianota encore un peu sur son ordinateur tout en mangeant son bœuf au saté, ordonna ses idées, soupira un grand coup et se rendit au Saint-Phalle pour assister à la danse du jeune éphèbe qu’il avait réservé pour 21h.

Avant de franchir la porte de chez lui, Lagios soupira encore une fois un grand coup. Il n’avait aucune envie de rentrer dans sa très belle maison. Il avait d’abord garé sa berline gris métallisé dans l’allée menant à son garage. Il avait coupé le contact et s’était massé la nuque. La lumière sous le porche était allumée comme si on attendait des invités. Il pria pour que son épouse n’ait pas convié d’insupportables voisins à dîner. Ce soir, le cardiologue avec sa magnifique épouse prof de fitness allaient sérieusement lui casser les couilles.
En réalité, Freddy n’attendait plus personne, elle avait presque terminé la bouteille de Meursault blanc qu’elle avait débouchée après le départ de son mari. Elle braillait sur une chanson de Patti Smith et se déhanchait en tenue d’Eve sur le tapis persan de leur salon.
– Qu’est-ce que c’est ce bordel ? lança Lagios depuis le hall. La musique couvrait sa voix, Freddy continuait de hurler « Because the night belongs to lovers, because the night belongs to love ». Lagios déposa son manteau en cuir à la patère, se déchaussa et parcourut les quelques mètres qui le séparaient du salon. Ce qu’il vit en premier, ce ne fut pas le corps nu encore très beau de sa femme, ni le désordre qui régnait dans la pièce – bibliothèque sens dessus-dessous, cadres photos cassés, le vase en cristal brisé au pied de la table basse – non, ce que Lagios vit immédiatement, c’est l’éclat noir de son pistolet automatique dans la main de sa femme. Elle fermait les yeux en se tortillant et ne s’était pas encore rendue compte de la présence de son mari. Lagios réfléchit un instant et essaya de trouver une technique pour la désarmer au plus vite. Il connaissait trop bien les accès de colère de Freddy pour se savoir en danger mais sa réflexion prit trop de temps, elle ouvrit les yeux et pointa sans hésiter l’arme sur lui. Il tenta le dialogue.
– Ma chérie…
– Pas de chérie avec moi! Trouduc !
Elle pointait toujours l’arme sur lui.
– Et si on discutait un moment, asseyons-nous !
– Va te faire foutre, elle eut un gros rire, oh non ! qu’est-ce que je raconte ? Ça te ferait bien trop plaisir !
– Freddy, du calme…
Il s’approchait doucement d’elle.
– Non, je ne me calme pas ! Je vais te dessouder, mon gros lapin ! Je vais en finir avec toi !
Il tenta de titiller son instinct maternel et ramassa à terre une photo de leur fils dans un des cadres brisés.
– Freddy, mon amour, pense à Daniel !
– Quoi Daniel ! Le pauvre petit chéri ! Que veux-tu que je fasse d’un fils égocentrique, sûrement une autre pédale honteuse comme son père !
– Ça suffit Freddy ! Tu délires complètement !
– Je sais tout, abruti ! Je sais où tu vas ! Je sais ce qui t’excite, salaud !
– Lâche cette arme, tu vas te blesser !
– Je vais te tuer !
Lagios faisait face à sa femme complètement nue, braquant une arme de mort sur sa poitrine, et la haine qu’il lisait dans ses yeux lui arrachait le cœur. Il avançait petit pas par petit pas jusqu’à ce que l’arme lui rentre dans les côtes. Freddy tremblait de la tête au pied, elle était sans doute plus apeurée que lui. Soudain, du tranchant de la main, il la frappa brutalement sur la nuque, elle s’effondra de toute sa hauteur, il la recueillit dans ses bras et la transporta jusqu’au lit conjugal. Il l’allongea et la couvrit du mieux qu’il put.

La suite…

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