épisode 22

Temps de lecture estimé : 3min. 37

« DIALOGUE DE BASSE-COUR »

Vendredi Minuit

Ce chapitre contient : des uniformes et un coming-out

AMBULANCE 1 :

Vincent, toujours inconscient, n’entend pas la conversation entre les quatre hommes en uniforme (deux policiers, deux infirmiers) qui l’escortent jusqu’à l’hôpital.

Policier 1 : Alors, tes pronostics Ludo ?

Policier 2 : Mes pronostics sur quoi ?

Policier 1 : Ben sur lui. Qu’est-ce qui lui est arrivé à ton avis ?

Policier 2 : Ben je sais pas. Thierry a l’air de dire qu’ils se sont mis sur la tronche avec son petit copain.

Infirmier 1 : C’est certain même. Attends, y avait le calendrier des rugbymen qui traînait dans l’appartement de l’autre.

Policier 2 : Ah ouais ? Putain, il est costaud pour une tarlouze, t’as vu la tronche du nôtre, là ?

Policier 1 + Infirmier 1 : C’est clair !

Infirmier 2 : Vous êtes lourds les gars.

Policier 1 : Ben quoi ? C’est vrai non ? Il a l’air costaud pour une tapette ?

Infirmier 1 : T’as un petit faible pour l’autre, c’est ça ?

Rires groupés de Policier 1+2 + Infirmier 1

Infirmier 2 : Vous êtes cons, putain…

Petit silence tendu. Infirmier 2 essaye de trouver un autre sujet de conversation. Trop tard.

Policier 2 : Hé, vous savez pourquoi les pédés ont plein de copains ?

Soupir de l’Infirmier 2

Policier 1 + Infirmier 1 cherchent.

Infirmier 2 connait la « blague ». Il tâche de ne pas entendre la réponse.

Policier 2 : Ben c’est facile, c’est parce qu’ils aiment bien élargir le cercle de leurs amis !

Hilarité générale et grasse (- Infirmier 2 qui regarde Vincent).

Brainstorming. Réaction

Policier 1 : Atta atta ! Une autre, vous savez comment assoir quatre pédés sur une chaise ???? Non? Ben en retournant la chaise tout simplement !!!

Rires, rires, rires.

Infirmier 1 : Ah, putain ! J’en ai une sacrément bonne. Vous connaissez la différence entre un homo et une fourchette ?

Réflexion. Pas de réaction. Attente, suspense.

Infirmier 1, déjà les larmes au yeux pour cause de rire contenu : Ben la fourchette pousse le repas du jour, et le pédé celui de la veille !

Hilarité précédée d’un « aaaah ! » dégoûté.

Infirmier 2 : T’es vraiment trop con Thierry. C’est dégueu.

Infirmier 1 : Attends, c’est pas moi qui suis dégueu, bordel.

Policier 1 : Ouais c’est clair !

Policier 2 : Bah, c’est clair que quand j’y pense, je trouve ça dégueulasse. L’idée de deux mecs qui s’enfilent, sérieux, je vois vraiment pas comment y font. Attends, tu t’imagines toi en train d’enculer un type ?

Infirmier 2, écarlate et fumant : Peut-être que tu ferais bien de te faire mettre, ducon, ça te décoincerait.

Sidération générale.

Infirmier 2 : Je suis pédé bordel, vous commencez vraiment à me gonfler, là, tous. Si vous avez un problème avec ça, demandez-vous pourquoi les mecs. C’est vous qui avez un problème à régler, c’est pas moi !

Le reste du chemin se fait dans une atmosphère un poil tendue.

AMBULANCE 2 :

Tony, escorté par deux policiers, n’a pas été autorisé à monter dans la même ambulance que Vincent.

– Est-ce que vous savez si mon ami va bien ?

– Aux dernières nouvelles, je crois que son « copain » lui a fracassé la tronche contre un meuble, sinon ça va, ironisa l’ambulancier.

Tony baissa les yeux.

– Je suis pas son copain.

– Et je suppose que tu lui as pas fracassé la tronche non plus ?

– Bien sûr que non !

Il n’avait plus la force de crier. Il s’adossa sur son siège. Il avait plus l’impression d’être dans un panier à salade que dans une ambulance.

– Comme quoi, la violence conjugale, c’est pour tout le monde pareil ! Vous avez beau défiler en demandant des droits, on voit bien que c’est chez tout le monde pareil.

– Mais…

Tony ne termina pas sa phrase. L’infirmier lui fit un signe discret de connivence. Tony comprit qu’il valait mieux se taire et attendre que ça passe.

– Tu vois, t’a rien à répondre. C’est pas parce que vous êtes homos que vous êtes pas violents. C’est plus souvent qu’on croit que vous vous tapez dessus. Mais on en parle pas, parce que… ben… c’est pas sur des femmes, quoi…

Il cligna de l’œil pour signaler à son collègue en uniforme qu’il s’agissait là d’une chute, et qu’un petit rire complice serait le bienvenu. Le collègue s’exécuta.

– Remarque, chez les goudous, ça doit ben se taper sur la gueule aussi, non ? Parce qu’y en a, putain, c’est des vrais rugbymen !

– Monsieur, s’il vous plait, mon patient a besoin de calme. Evitez de le faire parler. Ça relance le saignement de nez.

L’infirmier change la compresse de Tony. Il envoie tous les signaux rassurants possibles, mais Tony reste dans les limbes pendant tout le voyage.

La suite…


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