épisode 2

Temps de lecture estimé : 3 min 18

« LIFE IN PLASTIC »

Vendredi 17 h 15

Ce chapitre contient : un demi-dieu grec gay ( pléonasme ? ) –  Line Renaud

Tony alignait des godemichés de toutes les couleurs, de toutes les tailles et de toutes les formes derrière le comptoir du Saint-Phalle. L’endroit était peu achalandé en ce vendredi après-midi. En étiquetant avec une régularité placide les emballages plastiques transparents, il pensait aux usines dans lesquelles devaient être produits à la chaîne ces objets de plaisir. Bizarrement, il ne pouvait qu’imaginer des femmes d’une quarantaine d’années travaillant sur ces lignes. Il se demandait si le comité d’entreprise leur offrait les invendus pour Noël, ou si elles pouvaient jouir de la toute nouvelle collection. « Regarde chéri, la boîte m’a offert le modèle grand luxe cette année, avec tous les accessoires. Ça sent un peu le caoutchouc, mais c’est sympa de leur part. »
Tony travaillait au Saint-Phalle depuis six mois. L’endroit devenu à la mode proposait en plus du bar et de la vente de nombreux articles érotiques, des séances de « danses privées ». Le concept est simple. Le danseur danse plus ou moins nu derrière une vitre tant que le voyeur veut voir. Ça ne fait peut-être pas super chic sur un CV, mais ça paye le loyer. Tony était inscrit sur le planning pour une danse ce soir à 21H. « M. Lagios ». L’astérisque rouge à côté du nom indiquait que le client était un V.I.P. Tony se demandait si Lagios était un anagramme, ou bien le nom d’un quelconque dieu exotique.
Tony était le surnom que Bruce, le patron du Saint-Phalle, lui avait donné lorsqu’il l’avait vu torse-nu pour la première fois lors de son entretien d’embauche. Bruce était une créature grasse et libidineuse. Malgré ses joues de hamster et ses yeux de lapin, c’est plutôt à Jabba le Hutt que Tony avait pensé la première fois qu’il l’avait vu. « Bonjour, hi. » Tu es cute, mignon toi. Gotta see the goods. Je dois juger la marchandise. Tu comprends? » Bruce était américain. Il avait l’irritante et touchante habitude de s’auto-traduire partiellement. Tony n’avait pas encore ôté son pantalon que Bruce s’était exclamé : « My God, Mon Dieu, mais tu es Tony Ward ! Magnifique, beautiful baby. Je peux t’appeler Tony ? »
Il avait trouvé le compliment flatteur, et pensait que le fait d’avoir un nom de scène pour ses activités érotico-professionnelles l’aiderait à y voir clair avec la deuxième partie de sa vie : ses études de pycho.

Le petit phallus de l’horloge pointant sur 5 et le grand sur 6, Tony enfila son blouson et lança :
– Bruce, je prends ma pause, je suis au café d’en face, j’en ai pour 20 minutes.
– Pas de problème Cutie
La porte se referma avant que son anglophone de patron n’ait eu le temps de chercher un équivalent.

Julia était déjà assise sur la banquette de moleskine rouge du Paradis. Elle tournait frénétiquement sa cuiller dans son café sans sucre au son du Copacabana de Line Renaud, visiblement nerveuse.
– C’est sympa d’être venu si vite, je sais que t’as plein de boulot en ce moment avec tes partiels et tout.
– Y’a pas de problème, c’est ma pause. Le patron n’est pas chiant.
– Ben, c’est ça ?
– Bruce.
– Ah oui, c’est ça. Bruce.
Il avait remarqué tout de suite qu’elle portait son pull H&M jaune avec le trou au coude gauche. Son pull « réconfort ». Il savait très bien ce que ça voulait dire.
– Combien ? Demanda-t-il.
– Quoi ?
Elle plongea les yeux dans sa dose liquide de caféine, pour que Tony ne voie pas le rouge de ses joues.
– Combien ?
– Attends Tony, je vais t’expliquer.

(lire la suite)

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