épisode 18

Temps de lecture estimé : 7 min.15

« L’ANTRE »

Vendredi 22h30

Ce chapitre contient : « vous – avez – sept – nouveaux – messages – » et une baignoire

L’atelier était un cube. Un cube immense. Et tout blanc. Vraiment tout blanc. Un poil freaky.
Du plafond pendait une ampoule nue. Devant le mur du fond, un écran comme dans un studio de photographe. Dans un coin, une sorte de commode, un tas de bâches pliées. Une baignoire.
– Waouh! C’est impressionnant cet endroit. Tu es photographe ?
– Oui, on peut dire ça.
– Chouette ton atelier. Ça pourrait faire un loft génial. Un peu dur à chauffer, mais ça serait super sympa. J’adore la baignoire !
– Je m’en sers pour mes compositions. Ça te dit de l’essayer ?
G. pressa sa main entre les jambes de Vincent et approcha son visage du sien. Vincent se sentait intimidé. Il ne se reconnaissait pas. Il regrettait son sens de la répartie habituelle. Maladroitement, il embrassa G, sans savoir quoi faire de ses bras.
– T’as l’air tendu mon petit Vincent. Et pas seulement d’ici…
Il glissa la main dans le pantalon de Vincent, l’embrassa, et lui glissa à l’oreille :
– Je te fais couler un bain ?
– Ça dépend si tu viens avec moi ou pas ?
– On va voir ce que ça donne, d’abord. Je vais chercher du matos. Je reviens.
G. fit signe à Vincent de l’attendre. Il disparut par une porte que Vincent n’avait pas remarquée avant, derrière l’écran.
Vincent s’assit sur le rebord de la baignoire et s’amusa à faire couler un peu d’eau. Il faisait vraiment froid dans ce studio, et il se disait qu’un bain chaud serait peut-être finalement une bonne idée pour lui redonner un peu d’assurance. Il avait très envie de G, avant d’arriver, mais le côté Nip Tuck du studio l’avait un peu refroidi.

Il ralluma son portable. Sept appels en absence. Son ego se rempluma un peu.
Deux appels de son plan cul de la veille : il avait décidé de ne pas le rappeler jusqu’à ce qu’il comprenne que l’hygiène corporelle n’était pas seulement un moyen de survie, mais également une façon d’entretenir des relations sociales et sexuelles plutôt sympas.
Un appel du Ken de la piscine : là, ça devenait intéressant. Il revoyait très bien sa petite cicatrice juste au-dessus de son slip de bain. Et il reverrait bien ce qu’il y avait dedans. Il lui passerait un petit coup de fil quand il en aurait fini avec G. Il recommençait à se sentir comme un coq dans une basse-cour, excité par la multiplicité des partenaires sexuels possibles.
Les quatre appels en absence restants étaient ceux de Tony. Il hésita entre l’agacement et l’inquiétude. Bien qu’ils n’aient jamais couché ensemble, il considérait Tony comme son « fuck buddy », et trouvait sa jalousie déplacée. Ils pouvaient tout se dire, ils pouvaient se voir tout nus, ils pouvaient même dormir ensemble, ça ne faisait pas d’eux un couple. En tout cas, c’était le point de vue de Vincent. Mais apparemment pas celui de Tony.
Vincent fronça les sourcils en remettant son portable dans sa poche.
– J’espère juste qu’il ne lui est rien arrivé, murmura-t-il. Avant de se raviser : non, mais s’il m’appelle, c’est qu’il va bien. Allez, oublie ça.
– Tu parles tout seul maintenant ?
G. était revenu sans faire de bruit. Vincent eut un frisson dans le dos en se demandant depuis combien de temps il était resté planté derrière lui à l’observer. Il secoua la tête, chassant l’inquiétude et la trouille pour se concentrer sur G. Il était quand même à tomber raide.
Vincent se redressa, essayant d’avoir l’air sûr de lui. Il s’approcha de G, lui prit des mains les deux mallettes qu’il avait ramenées, et les posa à leurs pieds.
G. se laissa faire.
Vincent passa ses mains sur le torse de G. qui le regardait droit dans les yeux. Il les fit descendre sur son ventre, entoura sa taille quelques instants, et lui empoigna les fesses. Il le ramena contre lui pour l’embrasser, et fut flatté de sentir que l’excitation était partagée.
Ils sentirent d’autant mieux tous les deux la vibration du portable de Vincent.
Vincent feignit de l’ignorer et glissa sa main dans le caleçon de G.
– T’es sûr que tu veux pas répondre ? Si ça fait plusieurs fois qu’il t’appelle, y a peut-être un os, non ?
Putain, il était dégoûté là. Tony allait réussir à faire foirer son plan cul, et ceci avec l’aval de G. ?!
Vincent fixa G, lui descendit la braguette, et ne trouva rien de mieux à dire que « Le seul os qui m’intéresse pour le moment, c’est celui-là »
G. ricana, ce qui vexa un peu Vincent. Il faisait mieux d’habitude. Ou plutôt, il n’avait pas besoin de parler d’habitude. Il se rassura en constatant que ses maladresses verbales avaient laissé intact l’intérêt de G., qui bandait comme un chevreuil.
– On le prend ce bain ? demanda G, en déboutonnant sa chemise.
– D’accord, mais il va falloir enlever tout ça avant…
Ils ne mirent pas longtemps pour se débarrasser de leurs fringues. Comme Vincent grelottait (en partie à cause de l’excitation, mais surtout à cause du froid), G. le fit entrer dans le bain. G., lui, ne grelottait pas.
Vincent mit la tête sous l’eau, profitant de la chaleur du bain pour se détendre un peu. Il attendait que G. le rejoigne.
G. fouillait dans l’une des mallettes. Vincent s’attendait à le voir revenir avec un appareil photo ou une caméra, mais il revint avec des petits canards en plastique.
Vincent éclata de rire.
– Ils sont mignons tes petits canards.
G. les fit flotter autour de Vincent, mais restait hors du bain. Accroupi à côté de la baignoire, il trempait la main dans l’eau, et jouait avec les canards. Il en profitait pour caresser Vincent, qui se laissait faire. Vincent ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, il se trouva nez à nez avec un objectif. G, debout au-dessus de lui, le mitraillait.
– Tu fais des photos pour Playgirl ? Pour Têtu ? Pour Butt ?
– Continue à vouloir être moi, ça m’excite. Branle-toi en me regardant.
Vincent s’exécuta, excité par la deuxième phrase.
Mais très perturbé par la première. Et par les yeux de G.
Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ? Ça voudrait dire quoi vouloir être lui ? Pour qui il se prend ce con ?
– Je crois qu’il y a une petite subtilité de notre langue qui t’échappe, mon canard, lança-t-il à G.
Malgré la quasi perfection du français de G, Vincent avait cru déceler ici ou là une infime pointe d’accent. Il avait pris cela pour un accent de classe ou de snob, mais était maintenant convaincu qu’il s’agissait bien d’une pointe d’accent étranger. Il jouit une seconde de cette petite victoire sur le dieu grec aux canards en plastique.
– Qu’est-ce qu’elle a ma langue ? répondit G, avec un regard halluciné. Puis il embrassa Vincent à pleine bouche. Le baiser dura un peu trop longtemps au goût de Vincent, qui le repoussa. Il détestait ne pas avoir le dessus. Il sursauta en voyant les yeux de G.
– Putain, t’as pris quoi ? t’as les yeux de plus en plus défoncés, mec.
– C’est toi que je vais défoncer, mec.
– Oh oh, calmos Daffy Duck. C’était bien fun le coup de la séance photo, mais là c’est pas très classe. Ou alors c’est une autre subtilité de la langue ?
– Qu’est-ce qu’elle a ma langue ? Elle est parfaite, tu m’entends !
G. avait l’air complètement furibard.
Vincent se leva pour sortir du bain. Il eut du mal à se redresser ; la tête lui tournait.
– Putain mec, je sais pas à quoi tu tournes, mais ça te réussit pas trop.
Le téléphone de Vincent émit un bip signifiant l’arrivée d’un texto.
G, furieux, prit le pantalon de Vincent et lui jeta à la figure en hurlant :
– Je déteste qu’on me dérange quand je travaille ! Eteins-moi cette merde !
Vincent sortit le téléphone de sa poche et lut le texto de Tony :
« Me suis fait casser la gueule par un connard. Pas trop la frite. On pourrait se voir à l’occaz ? Désolé. T. »
– Merde !
Vincent sortit de la baignoire et remit ses fringues sans se sécher.
– Mais qu’est-ce que tu fais, on n’a pas terminé ! hurla G., appareil photo à la main et braquemart en première ligne.
– Je me casse, connard. Ça m’amuse plus là, t’es complètement défoncé. Rappelle-moi quand tu seras clean. Ou alors mieux, me rappelle pas, Donald.
G. se jeta sur lui :
– Tu ne partiras pas d’ici avant d’être devenu ce que tu dois être.
– T’es vraiment de plus en plus chelou toi. Lâche-moi !
Vincent poussa violemment G., qui glissa sur un canard en plastique et glissa sur une bâche à côté de la baignoire.
– Désolé mec pour le bleu aux fesses, mais là t’es trop lourd.
Vincent sortit son portable-téléphone de sa poche. Clic.
– Tiens, je te l’enverrai celle-là. Elle s’appelle « position fœtale sur bâche blanche ». Espèce de taré. Et soigne-moi ce truc sur ton cul, ça ferait débander Priape !

Vincent claqua la porte et sauta dans le métro, direction Charpennes.
Il envoya un sms à Tony :
« J’arrive babe. V. »

La suite…

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