épisode 15

Temps de lecture estimé : 4 min. 19

« Les chemins du TropiKao »

Vendredi 21H31

Ce chapitre contient : des caïpirinhas – une loge – un frisson de peur

Ceux de Vincent se dressaient eux aussi à chaque fois que G. lui effleurait le bras. Dans le bar panoramique du Sofitel, ils se tenaient très près l’un de l’autre. Une toute petite table carrée en bois noir et deux caïpirinhas les séparaient. Dans la lumière tamisée, Vincent buvait les paroles de G. avec délectation. C’était passionnant tous ces voyages à travers le monde. À croire qu’il avait arpenté toutes les rues de toutes les capitales ! Buenos Aires, Tokyo, New York, Santiago, Rome, Oslo !
« Ouah ! » ne cessait-il de soupirer après chaque anecdote de G.
Se fatiguant lui-même de ses façons de midinette, Vincent se leva pour aller pisser. L’autre le regarda s’éloigner et s’humecta les lèvres. Vincent remarqua l’incision qui fendait la langue de G. Cela l’excita vaguement.
Face au miroir des toilettes, Vincent tenta de se calmer. C’était la première fois qu’il ressentait une telle attirance. Il transpirait légèrement. Il craignait de sentir mauvais du coup. Il sua d’autant plus, s’épongea le front, tira sur son T-shirt et retourna dans la salle. Quand il franchit la porte des toilettes, il sentit immédiatement le regard de G. posé sur lui. Il lui rendit son sourire.
– Partons d’ici Vincent, qu’est-ce que tu en dis ?
– D’accord. Je… Où veux-tu aller ?
– Il y a des endroits que des gens comme toi savent apprécier.
Vincent hocha la tête, comme s’il comprenait. Son téléphone vibra au moment où ils quittaient le Sofitel. Un coup d’œil de biais à G. qui fronça furtivement ses sourcils fins lui fit comprendre qu’il désapprouvait cette intrusion dans leur rendez-vous. Du coup, Vincent éteignit son appareil sans même le sortir de la poche de son jean. Sûrement Tony qui prenait la température.

***

Dans sa petite « loge » derrière la cabine de danse, Tony se rhabillait et checkait son portable. Toujours pas de messages. Avec une pointe de jalousie, il imaginait Vincent avec ce mec étrange. Pourquoi pas moi ?  Il connaissait Vincent depuis trois ans, ils avaient sympathisé sur le campus de Bron, ou plus précisément à l’arrêt du tram T2 qui les y conduisait. Les mardis et vendredis matin vers 8h50, un simple salut de la tête et puis un jour ils s’étaient entraidés pour pousser le maximum d’étudiants à l’intérieur du tram et y trouver une minuscule place au milieu de la mauvaise haleine du matin, la sueur qui pue la peur des exams, la clope froide et autres… Un fou rire plus tard :
– Vincent ! avait dit Vincent en tendant la main à Tony en sortant du tram.
- Enchanté !
– Tu fais quoi ?
– Psycho.
– Oh merde ! Quelle horreur ! y a que des meufs en psycho non ?
– Eh ouais ! des meufs et des moches ! se marra Tony, et toi tu en es où ?
– Moi j’ai fini, je suis prof de sport.
– C’est pas vrai !
– Si, j’encadre les « Licence 1 ». Je m’occupe des sports co. Je suis volleyeur en vrai.
Vincent, le volleyeur, mon éternel fantasme. Le type avec qui je m’endors sans qu’il le sache. Merde ! Qu’il aille se faire foutre ! Qu’il se fasse sauter par ce gothintello de merde !
Tony entendit le clac de la porte du fond. Lagios aussi s’était rhabillé et hop, il était sympa ce vieux au final. Tony tira le rideau de la loge et vit Daniel foncer sur lui :
– Connard !
Daniel lui décocha un gros coup de poing dans la gueule.

***

G. n’avait pas de voiture. Il marchait vite, Vincent avait presque du mal à suivre. Wired. Il trottinait à côté de G.
– Eh guy ! Tu es un peu speed !
– Excuse-moi je suis impatient de te montrer quelque chose.
– Prenons le bus !
– C’est plus très loin, juste derrière la voie ferrée.
Ils passèrent sous le pont bleu. G. se retourna et dit d’un ton brusque :
– La lumière est belle ici, regarde.
G. passa sa main sur son crâne. Il semblait très heureux.
– Viens Vincent !
– Je te suis.
Ils s’engagèrent dans une petite rue d’où venaient quelques rumeurs de voix joyeuses.
– Tu m’emmènes au Tropi Kao ? demanda Vincent.
– Pas loin.
Ils dépassèrent effectivement le bar cubain. Là, devant une petite porte verte avec une sorte de heurtoir vieillot en forme d’oiseau ou d’ange, G. palpa les poches de sa veste, en sortit un trousseau de clés et fit entrer Vincent dans son atelier.
– Bienvenue dans mon antre ! Vincent ! Vincent ! couina-t-il, tu m’inspires !
Vincent eut très peur.

La suite…

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