épisode 12

Temps de lecture estimé : 4 min. 09

« JOINDRE L’UTILE A L’AGRÉABLE »

Vendredi : 20h55

Ce chapitre contient : un ouvrage de Kant – deux hommes nus –  un début de crise cardiaque

Au Paradis, Daniel tapotait nerveusement sur son demi, au rythme du « Lac du Connemara ». Il pensa peine de mort, il pensa tuning, il pensa Ikea le samedi après-midi, il pensa Michel Drucker, il pensa PMU, il se pensa lui, au Paradis.
Trente minutes que Julia aurait dû le rejoindre pour le payer. En arrivant, il se sentait presque coupable d’être venu pour récupérer son argent, mais trente minutes d’un live de Sardou dans un décor d’angelots en stuc avaient suffi à nettoyer sa conscience.
À son arrivée dans le bar, le poivrot habituel avait crié :
– Je m’appelle Pierre, et j’aime tes seins ! Bienvenue au Paradis !
– OK, avait répondu Daniel, moi j’aime ta gueule, mais quand tu la fermes !
Erreur.
D’abord flatté d’avoir eu un peu d’attention, Pierre, le fidèle du Paradis, avait gueulé :
– Wé mon frère, on est tous frères ! J’aime tes seins, je m’appelle Pierre ! Bienvenue au…
Puis l’information  « Ta gueule » était arrivée jusqu’à une zone non-imbibée :
– Vatféfouttt’ chtemmerddespaissssdeconnnaaard ! Untrouducuc ! Trouducccul !
Dans un élan de bonté, le serveur, très urbain, avait monté le son de Michel, pour couvrir Pierre. Ce qui agaça Daniel.
Daniel posa un billet de 10 € sur la table et déguerpit du bar.
Putain l’enfer ! pensa-t-il. Il se sourit à lui-même ; plutôt super fier de son petit jeu de mots. Puis il réfléchit un instant sur l’effet prolongé de Michel sur le cerveau.
Hum, pensa-t-il. Hum.

Il traversa la rue et se rendit au Saint-Phalle, pensant y trouver Julia.
– Salut les tapettes ! lança-t-il à la réception, apparemment vide.
Il y eu un bruit confus de vêtements, de fermetures éclair, un « shit » très distinct, et Bruce apparut derrière le comptoir, les lèvres un peu rouges. Et brillantes.
Daniel fut mortifié.
– Oups, pardon Bruce, je pensais qu’il y avait personne !
It’s OK Babe, what do you want ? J’ai un truc sur la feu.
– C’est ce que je vois. Je vais pas te – vous – déranger longtemps. Je me demandais juste si t’avais pas vu Julia. J’avais rendez-vous avec elle au Paradis, et ça fait une demi-heure que je l’attends.
– Non, sorry. Mais je crois que Tony l’a vue aujourd’hui.
– Ah bon ? Il est là Tony ? Ça t’emmerde si je vais lui demander ?
– Hum… attends, je regarde s’il est available.
Bruce tira un petit rideau noir et révéla quatre petits écrans de surveillance derrière le comptoir.
– Pratique ! s’enthousiasma Daniel. Tu mates les performances de tes danseurs maintenant ?
No babe, c’est juste pour contrôler que tout est OK.
Dubitatif, Daniel se dit que Bruce devait avoir autre chose à faire que de relire La Critique de la raison pure pendant les moments creux. Il s’arrêta tout net de penser lorsqu’il imagina ce que Bruce faisait derrière le comptoir en « surveillant que tout aille bien ». Daniel se pencha sur le comptoir pour mieux voir les 4 écrans. L’un montrait la réception (pour contrôler le vol d’accessoires de la boutique), l’un montrait la cage de danse n°1, vide pour le moment, un autre la cage n°2, où Tony se préparait pour son numéro.
Beautiful Tony a déjà commencé sa numéro, babe, désolé, faut pas le déranger. En plus, ce soir, y a un client spécial.
Mais Daniel n’écoutait plus Bruce depuis 30 secondes. Il s’était concentré sur l’écran N°4. Celui qui filmait l’extérieur du Saint-Phalle. Son rythme cardiaque s’accéléra, son monde vacilla quelque peu. Il paniqua lorsque l’homme qui terminait sa clope devant la porte du Saint-Phalle se décida à entrer. Daniel plongea derrière le comptoir. Il était tellement flippé qu’il ne remarqua même pas Seth, planqué lui aussi derrière le comptoir, mais avec moins de fringues. Voire pas trop de fringues du tout. Mais dans une forme certaine. Seth fit un tout petit signe de tête(1), mais très lourd de sens .
– Bonsoir Monsieur Lagios, lança Bruce, avec déférence. Tony est prêt pour vous. Je prends vos affaires ?
– Merci Bruce, répondit Lagios. Vous savez comment fidéliser votre clientèle…
Daniel n’en croyait pas ses oreilles.

_____

(1). Le hochement de tête de Seth signifiait : « Salut Daniel, scuse, je sais que, d’une part, je suis nu sous le comptoir, et que d’autre part, je bande, mais t’as pas l’air d’être dans ton assiette, et j’ai comme l’impression que ça a un rapport avec le type qui vient d’entrer, alors je ne ferai rien pour attirer l’attention sur ce côté-ci du comptoir ».

La suite…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :