épisode 11

Temps de lecture estimé : 3 min. 18

« RÊVE DE CHINE »

Vendredi 19h02

Ce chapitre contient : du thé – un vase – un peu de cannelle

Maslowski et Julia n’avaient échangé que quelques mots durant le trajet en taxi. Julia était sonnée, elle somnola un peu dans la voiture même si la course ne dura qu’un petit quart d’heure. Elle se disait qu’elle aurait au moins une bonne excuse pour être à la bourre à son rendez-vous avec Daniel.
Maslowski, quant à elle, ne se lassait pas d’observer la jeune femme. Elle hochait la tête avec satisfaction. Elle tremblotait un peu en répétant : « Vladia, mon petit…Vladia, je vais te revoir ».
Quand la voiture s’arrêta devant la porte d’un immeuble de la grande rue de la Guillotière, Julia fut surprise de constater qu’elle était devant chez elle.

– Vous connaissiez aussi mon adresse ?

Le regard étonné de la vieille femme indiqua clairement à Julia que Maslowski ne comprenait pas sa question.

– J’habite là, je veux dire. Vous le saviez non ?
En prononçant ses dernières paroles, elle eut une vision de Madame Maslowski complètement différente de celle qu’elle avait eu jusqu’à présent.

– Mais vous habitez là aussi !

C’était donc ça ! Cette vieille dame était leur voisine du dessous avec son foutu chou !
Elles montèrent les escaliers bras-dessus bras-dessous. Au deuxième, Maslowski indiqua sa porte :

– Je crois que je vous dois bien un petit thé, entrez ma petite !

A l’intérieur de l’appartement, Tilly reconnut la voix de Marlovitch. Elle coupa sa respiration en s’enfermant dans la grande horloge aux satyres de la salle à manger. Elle essayait de comprendre sa découverte : qu’est-ce qui expliquait cette photo de Julia au milieu de tout ce foutoir ? Décidément, cette vieille n’était pas claire. Tilly se disait que sa situation actuelle n’était pas très claire non plus et commençait à regretter de s’être mise dans ce pétrin à cause d’une odeur de cramé. Ça lui apprendrait à vouloir rendre service…
– A la cannelle, merci.

C’était Julia ! Julia se trouvait là, dans cette pièce, en compagnie de cette vieille folle ! Il fallait agir avant que ça tourne mal. Elle entendit qu’on tirait une chaise pour s’asseoir, puis un long soupir qu’elle imputa instinctivement à sa coloc’. Elle passa sa tête dans l’entrebâillement de la porte de l’horloge en posant son index sur sa bouche pour signifier le silence. Julia sursauta, faillit crier puis en reconnaissant Tilly laissa voir un large sourire :

– Qu’est-ce que tu fous là ? chuchota-t-elle.
– Tais-toi bécasse ! Tu te rends pas compte où tu as mis les pieds ma pauvre ! Cette vieille est complètement tarée ! ça pue les embrouilles ici !
– Oh mais si je sais bien… T’inquiète pas, je suis au courant…
– Vous sucrez ? demanda, de la cuisine, la voix de la vieille dame.
– Oui, deux, s’il vous plait ! répondit aimablement Julia.

Tilly leva les yeux au ciel, son corps imposant toujours dissimulé dans l’horloge. Concentrée sur son petit plateau qui portait deux tasses en céramique rouge ornées de motif à fleurs, comme de bien entendu, Madame Maslowski entra dans la pièce :
– C’est bizarre, j’ai l’impression que j’ai eu de la visite…

A ce moment-là, Tilly se glissa hors de l’horloge, saisit un vase de mauvaise facture et le fracassa sur la tête de la vieille dame.

– Mais t’es complètement cinglée ! hurla Julia.
– C’est toi qui plane ma pauvre fille !

Elle prit Julia par le bras, l’amena dans la chambre et lui montra la valise avec la photo, les billets, la carte.

– Elle te recherchait ma fille ! Regarde la photo ! Tu devrais me remercier de t’avoir sortie de ce pétrin, dieu sait ce qu’elle t’aurait fait…

Julia revint sur ses pas, observa le corps étendu de la vieille femme dans la salle à manger.

– Il y a combien en liquide dans la mallette ? demanda-t-elle à Tilly restée dans la chambre.
– Je sais pas, trois quatre mille…
– Prends 1000 et on se tire.
Julia voulait bien être copine avec la vieille mais elle semblait être responsable de toutes les emmerdes qui lui tombaient dessus depuis ses dernières heures. Alors elles seraient quittes, si elle délestait la vieille dame de quelques billets…
– On la laisse là ?
– Qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse. Elle n’a plus de famille, personne la réclamera. Il faut que je donne ça à Daniel, répondit Julia en montrant les billets.

Au deuxième étage de l’immeuble situé de l’autre côté de la rue, un homme au crâne désespérément chauve avait pris quelques clichés de ce qui venait de se passer. Il se frottait déjà les mains.

La suite…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :